Chocs pétroliers, risques liés aux décisions de la Fed et résilience des marchés

Principaux points à retenir:

  • Le conflit en Iran a entraîné un important choc pétrolier, et les conséquences sur l’économie et les marchés seront fonction de la durée de ces perturbations.
  • Vraisemblablement, nous n’assistons pas à la même situation que dans les années 1970. La part de l’énergie dans les dépenses de consommation est plus faible, les États-Unis et le Canada sont davantage à l’abri des perturbations de l’offre et les économies sont moins dépendantes du pétrole.
  • Selon notre scénario de base, la hausse des prix du pétrole devrait être importante, mais temporaire. Dans ce scénario, la croissance ralentit modestement, l’inflation augmente à court terme et la Fed abaisse ses taux une fois de plus cette année, tandis que la BdC maintient ses taux inchangés.
  • Les banques centrales devraient demeurer prudentes pour le moment. Les décideurs semblent prêts à se projeter au-delà d’une hausse ponctuelle de l’inflation alimentée par l’énergie, même si les attentes d’inflation seront déterminantes.
  • La volatilité pourrait demeurer élevée, mais les paramètres fondamentaux plus solides devraient offrir un certain degré de protection. Si les prix du pétrole demeurent élevés, les actions canadiennes, les actions américaines à grande capitalisation et les actions technologiques seront probablement celles qui résisteront le mieux; si les tensions s’atténuent, les actions à petite capitalisation, les actions de valeur et les actions étrangères pourraient tirer leur épingle du jeu.

Les marchés demeurent sur le qui-vive alors que le conflit en Iran entre dans sa quatrième semaine, les actions évoluant dans la direction opposée aux fortes fluctuations des prix du pétrole. Les récentes attaques contre des infrastructures énergétiques au Moyen-Orient ont déclenché la première baisse de 5 % des indices S&P 500 et TSX cette année, ce qui témoigne de la sensibilité des investisseurs à l’intensification des risques géopolitiques. Le pétrole brut Brent, qui fait office de référence en Europe pour le prix du pétrole à l’échelle mondiale, a brièvement renoué avec son sommet de 120 $, tandis que le WTI, la référence américaine, s’est rapproché des 100 $.

Dans un contexte marqué par les perturbations les plus importantes jamais enregistrées sur les marchés mondiaux du pétrole, les banques centrales se retrouvent désormais face à un dilemme de politique monétaire : réagir aux risques de hausse de l’inflation ou aux risques de ralentissement du marché de l’emploi? Bien que l’issue du conflit demeure incertaine, voici notre point de vue sur les répercussions qu’il pourrait avoir sur l’économie, les décisions de la Fed, la BdC et les marchés.

Les difficultés s’accentuent

La durée du conflit et la persistance des perturbations sur les marchés de l’énergie détermineront en grande partie l’ampleur des répercussions. Si la hausse des prix du pétrole perdure ou s’accentue, les risques de ralentissement de l’économie nord-américaine augmenteront. La hausse des prix de l’énergie représente une taxe pour les consommateurs, érodant leur pouvoir d’achat et bridant les dépenses discrétionnaires. Chaque dollar supplémentaire dépensé à la pompe est un dollar qui n’est pas dépensé ailleurs.

Comme les dépenses de consommation représentent près de 70 % de l’activité économique aux États-Unis et 60 % au Canada, une compression prolongée due à l’augmentation des prix de l’énergie pourrait ralentir la croissance. Cela dit, ce ralentissement éventuel interviendrait alors que l’économie a entamé cette période sur des bases relativement solides, selon nous. Comme le Canada est un important exportateur net de pétrole, la hausse des prix mondiaux de l’énergie profitera aux producteurs canadiens, augmentera les revenus du gouvernement et sera bénéfique pour l’ensemble du secteur des ressources. Sur le plan de l’inflation, la hausse des prix de l’énergie ferait grimper l’inflation globale et compliquerait davantage les perspectives pour les banques centrales.

En quoi la situation actuelle est-elle différente de la crise énergétique des années 1970?

Bien que le conflit en Iran ait provoqué un important choc pétrolier, le contexte actuel est fondamentalement différent de celui qui a entraîné la stagflation des années 1970, et ce, pour plusieurs raisons.

  • L’énergie pèse moins sur les consommateurs qu’auparavant. En effet, la part des dépenses énergétiques dans les dépenses de consommation totales est nettement plus faible que dans les années 1970 et au début des années 1980 (environ 2 % aujourd’hui contre environ 6 % à l’époque), ce qui suggère que les conséquences directes d’un choc pétrolier sur le pouvoir d’achat des ménages sont moins importantes aujourd’hui.
  • Le Canada et les États-Unis sont beaucoup plus à l’abri côté offre : le Canada exporte de l’énergie depuis plusieurs décennies, les États-Unis sont un exportateur net de pétrole depuis 2019 et les prix du gaz naturel nord-américain sont demeurés relativement à l’abri des perturbations, alors que l’Europe et l’Asie font face à une pénurie d’offre. Les producteurs canadiens et américains devraient profiter de la hausse des prix, même si cela ne compense pas entièrement le ralentissement des dépenses de consommation.
  • Le pétrole conserve une place importante dans l’économie, mais son poids est plus faible dans une économie basée sur les services; les fluctuations importantes des prix du pétrole ont toujours des effets néfastes, mais l’économie mondiale est simplement moins dépendante du pétrole qu’elle ne l’était lors des premières crises de l’énergie. Depuis 1950, la quantité d’énergie nécessaire pour produire une unité du PIB a diminué d’environ 70 %, ce qui témoigne des gains d’efficacité et de l’importance croissante du secteur des services.
 Le graphique montre que la part de l’énergie dans les dépenses des ménages est beaucoup plus faible qu’auparavant.
Source: Bloomberg et Edward Jones.

Trois scénarios pour cadrer l’incertitude

Compte tenu du degré élevé d’incertitude et de la relation étroite entre l’énergie, l’économie et les marchés, nous présentons trois scénarios fondés sur le niveau et la persistance des prix du pétrole.

  • Hausse marquée, mais de courte durée (probabilité de 60 %) : Dans notre scénario de base, nous supposons que les prix du pétrole WTI se négocient dans une fourchette d’environ 90 $ à 100 $, avant de baisser pour atteindre 70 $ à 80 $ d’ici la fin de l’année. Le trafic pétrolier dans le détroit d’Ormuz demeure limité pendant au moins une partie du deuxième trimestre, mais commence à revenir progressivement à la normale par la suite. Dans ce scénario, l’inflation globale devrait dépasser 3 % avant de diminuer plus tard en 2026, tandis que la croissance aux États-Unis ralentit légèrement pour rester inférieure à la tendance et que la croissance au Canada reste stable. La Fed procède à une seule baisse de taux à la fin de l’année, tandis que la BdC maintient ses taux, les taux des obligations d’État demeurent dans une fourchette étroite et les actions américaines enregistrent des rendements supérieurs à court terme.
  • Choc pétrolier (probabilité de 30 %) : Dans notre scénario de baisse, les prix du pétrole atteignent 120 $ ou plus et demeurent élevés pendant plusieurs mois, car le conflit persiste et les dommages causés aux infrastructures énergétiques perturbent l’offre. Par conséquent, l’inflation se rapproche des 4 % et demeure élevée tout au long de 2026, avant de ralentir davantage en 2027. La croissance ralentit de manière plus significative, le chômage augmente, mais l’économie évite une récession. La Fed reste sur la touche cette année, mais elle abaisse les taux à plusieurs reprises en 2027 en raison des risques de plus en plus importants pour la croissance. Comme les taux se situent déjà à la limite inférieure de la fourchette neutre, la BdC pourrait les relever une ou deux fois. Les taux obligataires commencent par augmenter avant de baisser fortement, et les indices S&P 500 et TSX subissent une correction d’environ 10 % à 15 %.
  • Désescalade rapide (probabilité de 10 %) : Notre scénario le plus optimiste suppose que les prix du pétrole baisseront rapidement jusqu’à atteindre 70 $ au cours des prochaines semaines, à mesure que le conflit s’apaisera et que le trafic pétrolier reviendra à la normale. Dans ce scénario, l’inflation augmente temporairement en mars et en avril, puis la désinflation revient rapidement, ce qui permet à la Fed d’abaisser les taux à deux reprises au deuxième semestre de l’année. Les taux obligataires reculent, les actions se redressent et les segments plus cycliques du marché, dont les actions à petite capitalisation et les actions étrangères, inscrivent des rendements supérieurs.
 Le tableau présente trois scénarios et leurs répercussions sur l’économie et les marchés en fonction du niveau et de la persistance des prix du pétrole.
Source: Edward Jones.

La BdC et la Fed restent sur la touche dans un exercice d’équilibre

Dans le contexte actuel de crise énergétique, les banques centrales doivent trouver un équilibre entre les risques de ralentissement du marché de l’emploi et les risques de hausse de l’inflation. Par le passé, elles ont eu tendance à faire abstraction des flambées temporaires des prix du pétrole. Cependant, comme l’inflation dépasse la cible depuis un certain temps, avec la récente flambée des coûts de l’énergie, les décideurs ont de plus en plus de mal à ignorer les risques. Voici ce que nous avons appris lors des réunions de la BdC et de la Fed de la semaine dernière :

Banque du Canada

  • Comme prévu, la Banque du Canada a maintenu les taux à 2,25 % et a prévenu qu’il y avait des risques à les relever comme à les abaisser. Relever les taux d’intérêt pour ralentir l’inflation pourrait affaiblir davantage l’économie. Abaisser les taux d’intérêt pour soutenir la croissance pourrait faire grimper l’inflation bien au-dessus de la cible.
  • M. Macklem a souligné que l’inflation était près de la cible de 2 % de la banque et que l’économie affichait toujours une offre excédentaire, ce qui donne à penser que le risque que la hausse des prix de l’énergie se propage rapidement aux prix des autres biens et services semble limité.
  • Les marchés obligataires s’attendent maintenant à trois hausses de taux d’ici la fin de l’année, mais nous ne pensons pas que la BdC relèvera les taux de sitôt ou les relèvera aussi fortement. À moins que le conflit ne perdure pendant plusieurs mois, la BdC restera en mode attentiste, selon nous.

Réserve fédérale

  • Comme prévu, la Fed a laissé les taux inchangés en mars, dans une fourchette de 3,5 % à 3,75 %, Jerome Powell, le président de la Fed, ayant insisté sur l’incertitude qui entoure les événements au Moyen-Orient.
  • La Fed prévoit une baisse de taux supplémentaire en 2026 et une autre en 2027, mais moins de membres s’attendent maintenant à deux réductions ou plus. Les marchés ont évolué encore plus dans cette direction, les investisseurs obligataires excluant la possibilité de baisses de taux cette année.
  • Il est à noter que les prévisions de croissance économique ont été révisées à la hausse pour les prochaines années et à long terme, et M. Powell entrevoit une hausse de la productivité aux États-Unis.
  • La Fed a révisé à la hausse ses prévisions d’inflation pour cette année, à 2,7 %, mais n’a pratiquement pas modifié ses prévisions pour les deux années suivantes. Mis à part la hausse prévue des prix de l’énergie, les décideurs s’attendent toujours à ce que les effets des droits de douane s’estompent et à ce que la désinflation du marché de l’habitation se poursuive.
  • M. Powell a déclaré qu’il continuerait de diriger la Fed après la fin de son mandat si Kevin Warsh, le candidat proposé par Donald Trump pour le remplacer, n’a pas encore été confirmé par le Sénat.
 Le graphique montre que le marché obligataire s’attend désormais à ce que les taux d’intérêt demeurent aux niveaux actuels cette année.
Source: Bloomberg et Edward Jones.

Le principal point à retenir est que la Fed a évité d’opérer des changements importants, car il est encore trop tôt pour déterminer les répercussions du conflit sur les deux volets de son mandat. En maintenant une baisse de taux dans ses prévisions, la Fed semble peut-être disposée à ne pas tenir compte d’une hausse ponctuelle de l’inflation. Contrairement à l’année 2022, où les prix de l’énergie ont bondi après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le marché de l’emploi n’est plus tendu, la politique monétaire n’est plus accommodante et les mesures de relance budgétaire sont modérées.

Les attentes d’inflation seront une variable cruciale à surveiller au cours des prochains mois. Jusqu’à présent, la hausse semble concentrée dans les mesures à court terme, tandis que les attentes à long terme demeurent bien ancrées. Si le conflit se révèle de courte durée, nous pensons que l’inflation devrait reprendre sa tendance baissière, ce qui permettra à la Fed d’opérer une réduction de taux au deuxième semestre de l’année.

 Le graphique montre que, jusqu’à présent, la hausse des attentes d’inflation est concentrée dans les mesures à court terme, tandis que les attentes à long terme demeurent bien ancrées.
Source: Bloomberg et Edward Jones.

Les solides paramètres fondamentaux offrent une protection, mais la volatilité pourrait rester élevée

Bien qu’il n’existe aucun précédent récent de perturbations énergétiques de cette ampleur, les prix du pétrole WTI ont atteint, et dans certains cas dépassé, leurs niveaux actuels à plusieurs reprises au cours des 15 dernières années sans que l’économie ne bascule en récession. Au cours de la période de 2011 à 2013, qui a été marquée par l’instabilité géopolitique associée au Printemps arabe, les prix du pétrole sont souvent demeurés supérieurs à 100 $ le baril. De même, l’invasion de l’Ukraine par la Russie a provoqué une hausse brutale, bien que finalement de courte durée, des prix des produits de base.

Aujourd’hui, les prix du pétrole se situent à des niveaux comparables, mais les paramètres fondamentaux sous-jacents sont plus solides, selon nous. Pour que l’économie ralentisse autant que lors des épisodes précédents, il faudrait probablement que les prix restent au-dessus des niveaux actuels pendant une longue période. En fin de compte, le conflit devrait entraîner une baisse de la croissance et une hausse de l’inflation, mais l’économie dans son ensemble devrait continuer de bien résister, la durée du conflit demeurant la principale variable.

 Le graphique montre que les prix du pétrole aux États-Unis ont atteint et, dans certains cas, dépassé les niveaux actuels à plusieurs reprises au cours des 15 dernières années.
Source: Bloomberg et Edward Jones

Du point de vue du portefeuille, tant que les prix du pétrole demeureront élevés, le secteur de l’énergie, les actions canadiennes, les actions américaines à grande capitalisation et les actions technologiques pourraient offrir une protection relative. En revanche, si les perturbations s’avèrent de courte durée, les actions à petite capitalisation, les actions de valeur et les actions étrangères pourraient enregistrer des rendements supérieurs. Les obligations se retrouvent habituellement en difficulté lorsque les craintes d’inflation s’intensifient, mais dans notre scénario de base, nous nous attendons à ce que le taux des obligations du gouvernement du Canada à 10 ans demeure dans sa fourchette récente. Comme le taux des obligations du gouvernement du Canada à 10 ans est de 3,5 %, nous recommandons de prolonger la duration et de profiter de ces taux de rendement plus élevés plus longtemps plutôt que de choisir des placements liquides.

Investir en période d’incertitude n’est jamais rassurant, mais les investisseurs à long terme peuvent profiter des épisodes de volatilité pour rééquilibrer les portefeuilles, renforcer la diversification et ajouter des placements de grande qualité à des valorisations plus intéressantes.

Angelo Kourkafas, CFA
Stratège mondial principal en placement

Source de toutes les données : FactSet, Bloomberg et Edward Jones.

Chiffres de clôture ci-dessous

Chiffres de clôture ci-dessous
IndiceClôtureSemaineCumul annuel
TSX31,317  -3.8% -1.2%
S&P 5006,506  -1.9% -5.0%
MSCI EAEO*2,875  -0.9% -0.6%
Oblig. canadiennes de cat. investissement    0.5%  0.3%
Taux des oblig. du gouv. du Canada à 10 ans3.57%   0.0%  0.1%
Pétrole ($/baril)97.97 $  -0.7%  70.6%
Taux de change $ CA/$ US0.73 $   0.3%  0.0%


Source: FactSet, au 20 mars 2026. Les obligations sont représentées par l’indice Bloomberg Canada Aggregate Bond. Les rendements passés ne sont pas garants des rendements futurs. * Rendement sur quatre jours se terminant jeudi.

La semaine à venir

Les données économiques importantes pour la semaine à venir comprennent la productivité, l’indice des directeurs d’achats (PMI) de S&P et les données sur la confiance des consommateurs.

Angelo Kourkafas

Angelo Kourkafas est responsable de l’analyse des conditions du marché, de l’évaluation des tendances économiques ainsi que de l’élaboration de stratégies de portefeuille et de recommandations qui aident les investisseurs à atteindre leurs objectifs financiers à long terme.

Il contribue aux rapports d’analyse sur l’actualité boursière d’Edward Jones et a été publié dans The Wall Street Journal, CNBC, le magazine FORTUNE, Marketwatch, U.S. News & World Report, The Observer et le Financial Post.

Il a obtenu un baccalauréat en administration des affaires (avec grande distinction) de l’Université d’économie et de commerce d’Athènes, en Grèce, et une maîtrise en administration des affaires avec spécialisation en finance et en investissement de l’Université d’État du Minnesota.

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Renseignements importants :

Le résumé hebdomadaire des marchés est publié chaque vendredi, après la fermeture des marchés. 

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