L’inflation aux États-Unis est plus élevée que prévu – la tendance persistera-t-elle?

Principaux points à retenir :

  • La semaine dernière, les données sur l’inflation de l’indice des prix à la consommation (IPC) et de l’indice des prix à la production (IPP) aux États-Unis pour janvier ont été plus élevées que prévu, provoquant la volatilité des actions et des obligations. Les marchés boursiers américains et canadiens se sont redressés après leur dégringolade en réaction au rapport sur l’inflation de l’IPC aux États-Unis, publié mardi, et l’indice S&P 500 s’est même approché de nouveaux sommets records la semaine dernière. Mais les investisseurs se sentent peut-être encore anxieux. L’inflation peut-elle continuer de ralentir, comme elle l’a fait au cours de la dernière année, ou s’agit-il d’un début de tendance dans la mauvaise direction?
  • Nous croyons que l’inflation aux États-Unis et au Canada pourrait continuer de baisser au cours de la prochaine année, mais peut-être pas de façon constante. Les composantes du logement et des loyers de l’inflation selon l’IPC devraient faire du rattrapage en diminuant, et le marché de l’emploi pourrait ralentir légèrement à partir de maintenant, ce qui exercera des pressions à la baisse sur les gains salariaux et l’inflation des services.
  • Les données sur l’inflation publiées la semaine dernière ont également repoussé les attentes à l’égard des hausses de taux d’intérêt de la Réserve fédérale (Fed), qui devraient commencer en juin, selon les prévisions actuelles des marchés. D’après nous, les prévisions d’environ quatre réductions de taux de la Fed à compter de juin cadrent mieux avec les attentes de la Fed et les nôtres selon lesquelles trois ou quatre baisses auront lieu en 2024. Nous prévoyons également que la Banque du Canada (BdC) amorcera son cycle de réduction des taux en juin. Dans ce contexte de détente de l’inflation et de baisse des taux d’intérêt, nous recommandons de profiter des périodes de volatilité pour étoffer ou diversifier les portefeuilles avant le début du cycle de réduction des taux des banques centrales, qui durera pendant plusieurs années.

Malgré un mois de janvier décevant, la tendance de l’inflation aux États-Unis demeure favorable.

Dans l’ensemble, même si les données de janvier sur l’IPC et l’IPP aux États-Unis ont été décevantes pour les investisseurs, nous ne croyons pas qu’elles laissent entrevoir une tendance haussière durable de l’inflation. L’IPC global s’est établi à 3,1 % sur 12 mois, ce qui est supérieur aux prévisions de 2,9 %, mais surtout inférieur au résultat de 3,4 % de décembre. L’inflation de base (excluant les aliments et l’énergie) est demeurée plus élevée, à 3,9 % sur 12 mois, soit un taux supérieur aux prévisions de 3,7 % et conforme au taux de décembre.

Au Canada, l’inflation mesurée par l’IPC a également diminué de façon constante, mais a fait du surplace au cours des derniers mois. Les données de janvier devraient être publiées le 20 février, et l’on prévoit que l’inflation globale diminuera légèrement, passant de 3,4 % à 3,2 %.1

 Ce graphique montre la variation sur 12 mois en pourcentage de l’IPC global et de l’IPC de base aux États-Unis et au Canada.
Source: Bloomberg.

Le logement et les loyers sont des éléments clés de l’inflation mesurée par l’IPC

Sous la surface, nous avons observé des tendances plus nuancées dans le rapport sur l’inflation de l’IPC aux États-Unis. L’inflation selon l’IPC a ralenti dans les secteurs de l’énergie et des services énergétiques, des produits de base et des prix des voitures d’occasion et des camions. Toutefois, les aliments et les repas pris à l’extérieur de la maison (p. ex., les restaurants) ainsi que l’assurance automobile ont grimpé.1

Les composantes les plus importantes de l’inflation mesurée par l’IPC aux États-Unis et au Canada sont sans doute le logement et les loyers, qui représentent près du tiers de l’IPC global. Aux États-Unis, cette donnée a augmenté de 6 % par année, soit un niveau plus élevé que prévu et une inflation plus persistante que la plupart des investisseurs ne l’avaient anticipé.

Toutefois, le logement et les loyers dans le panier de l’IPC sont souvent à la traîne des marchés de l’habitation et de la location à l’échelle du pays. Les données en temps réel de la dernière année donnent à penser que ces composantes de l’IPC ralentiront au cours des prochains mois. En fait, l’inflation mesurée par l’IPC aux États-Unis et au Canada devrait chuter à environ 2,5 % au cours de la prochaine année, ce qui soutiendrait les consommateurs et permettrait à la Fed et à la BdC d’amorcer un cycle de réduction des taux.

 Ce graphique montre la variation sur 12 mois de l’indice des prix des logements S&P Case-Shiller aux États-Unis et de l’indice des prix des logements neufs au Canada.
Source: Bloomberg.

L’effet de janvier sur les prix

Un autre facteur peut-être en jeu dans les données de janvier sur l’IPC est ce qu’on appelle l’« effet de janvier » pour les prix à la consommation et de gros. Les sociétés ont tendance à augmenter les prix au début de l’année, ce qui peut avoir une incidence démesurée sur les données sur l’inflation en janvier. Mais il pourrait s’agir davantage d’un effet ponctuel que d’une tendance persistante au cours de la prochaine année. Si tel est le cas, nous pourrions observer une modération accrue, en particulier dans les prix des biens, au cours des prochains mois.

La dernière ligne droite avant la cible de 2,0 % sera-t-elle trop difficile?

Ceux qui croient que l’inflation pourrait persister au cours des prochains mois signalent souvent que la vigueur de l’économie, en particulier aux États-Unis, et la résilience des consommateurs sont des sources de pressions inflationnistes. Il est vrai qu’au cours des quatre derniers trimestres, l’économie américaine a progressé à un rythme annualisé moyen de 3,1 %, ce qui est nettement supérieur à la croissance tendancielle de 1,5 % à 2 %, grâce à la forte consommation des ménages.1

Au sortir de la pandémie de COVID-19, les consommateurs ont clairement modifié leurs habitudes de consommation, passant de l’achat de biens en ligne à l’achat de services et d’expériences, y compris les voyages, les loisirs, l’hébergement et les restaurants. Cette situation s’est également traduite par une hausse de l’inflation des services et une baisse de l’inflation des biens dans les paniers de l’IPC et de l’IPP.

Mais les consommateurs américains peuvent-ils continuer à dépenser à un rythme soutenu? Il y a peut-être des signes avant-coureurs que les consommateurs ralentissent un peu. La semaine dernière, les chiffres mensuels des ventes au détail aux États-Unis pour janvier ont été nettement inférieurs aux attentes, les ventes au détail ayant reculé de 0,8 % sur un mois.1 Cette baisse a été supérieure à la baisse prévue de 0,15 % et inférieure au gain de 0,4 % enregistré en décembre.1 C’est une tendance qu’il vaut la peine de surveiller, car les chiffres mensuels des ventes au détail peuvent être volatils. Ils ont également tendance à suivre la consommation de biens par rapport à la consommation de services, qui est à la traîne, comme nous le savons.

Même s’il n’y a pas beaucoup de failles notables dans la consommation, le marché de l’emploi pourrait ralentir aux États-Unis et au Canada. Cela pourrait exercer des pressions à la baisse sur les gains salariaux et l’inflation des services dans l’ensemble. Selon les propres estimations de la Fed, le taux de chômage aux États-Unis devrait passer de 3,7 % à 4,1 %, et les indicateurs avancés aux États-Unis et au Canada, comme les postes vacants, ont diminué.2 Même si nous ne nous attendons pas à un repli profond ou prolongé du marché de l’emploi, l’augmentation de l’offre et la baisse de la demande de travailleurs pourraient entraîner un certain assouplissement des gains salariaux et une baisse de la consommation, ce qui pourrait soutenir la dernière ligne droite avant la cible de l’inflation.

 Ce graphique montre que le nombre de postes vacants aux États-Unis a diminué au cours des derniers mois, tandis que le taux de participation de la population active a augmenté.
Source: FactSet.

Qu’est-ce que cela signifie pour les banques centrales et les marchés?

L’un des principaux résultats des données sur l’inflation plus élevées que prévu de la semaine dernière a été la réévaluation des attentes du marché à l’égard des réductions de taux de la Fed. Avant la semaine dernière, les marchés prévoyaient environ cinq réductions de taux, à compter de la réunion de mai de la Fed.3 Maintenant, ils s’attendent à environ quatre réductions de taux, peut-être à compter de la réunion de juin. De même pour la BdC, les marchés s’attendent maintenant à ce que la première baisse de taux soit décrétée en juin.

À notre avis, il pourrait s’agir d’un ajustement judicieux des attentes du marché. Ces attentes sont probablement plus conformes à celles de la Fed et aux nôtres selon lesquelles il y aura trois ou quatre réductions de taux à compter du milieu de 2024. Nous croyons que la Fed et la BdC aimeraient faire preuve de patience à l’égard des réductions et préféreront probablement attendre de voir les tendances inflationnistes au cours des prochains mois.

 Ce graphique présente les prévisions du marché à l’égard du taux des fonds fédéraux pour les prochaines réunions du FOMC.
Source: CME FedWatch Tool.

N’oubliez pas que l’une des mesures préférées de la Fed en matière d’inflation, soit les dépenses personnelles de consommation (DPC), tend à être inférieure à l’inflation selon l’IPC. Cette mesure se situe déjà à 2,6 % pour l’inflation globale et à 2,9 % pour l’inflation de base, ce qui est beaucoup plus près de la fourchette cible de 2,0 % de la Fed.1 Cela s’explique en partie par le fait que la composante du logement de l’inflation liée aux DPC ne représente qu’environ 15 % du panier, contre environ 33 % pour l’IPC. Les prochaines données sur l’inflation liée aux DPC seront publiées le 29 février et l’on s’attend à un ralentissement annuel de l’inflation globale et de l’inflation de base.

Dans l’ensemble, même si les taux obligataires aux États-Unis et au Canada ont augmenté et que les actions ont chuté après la publication des données sur l’inflation mesurée par l’IPC, nous avons observé une certaine stabilité (en particulier sur les marchés boursiers) depuis. Les taux obligataires ont augmenté par rapport à leurs récents creux, en partie en raison du rajustement des réductions de taux à plus tard cette année, mais les actions continuent d’atteindre des sommets. Les marchés sont peut-être d’avis que nous pourrions, au fil du temps, obtenir la combinaison de résultats fondamentaux que nous surveillons :

  1. Baisse de l’inflation
  2. Réductions de taux de la Fed et de la BdC
  3. Une croissance économique qui ralentit, mais se redresse dans la seconde moitié de 2024

Comme nous l’avons mentionné, nous nous attendons à ce que l’inflation ralentisse aux États-Unis et au Canada, mais probablement pas en ligne droite. Par conséquent, les marchés boursiers pourraient connaître de la volatilité cette année. Mais pour les investisseurs, cela pourrait aussi se traduire par des occasions, surtout pour ceux qui n’ont pas été en mesure de participer pleinement à la reprise rapide amorcée à la fin de l’année dernière.

Même si des replis sont probables et même prévus au cours d’une année donnée, nous ne croyons pas que ces replis pourraient se transformer en marchés baissiers plus néfastes, compte tenu du contexte fondamental. Nous recommandons de profiter de la volatilité des marchés pour accroître et diversifier les portefeuilles, surtout en prévision d’un cycle sur plusieurs années de réduction des taux des banques centrales, qui pourrait commencer plus tard cette année.

 Ce graphique montre que les taux des obligations du gouvernement du Canada et du Trésor américain à 10 ans ont atteint de nouveaux sommets pour l’année.
Source: Bloomberg.

Mona Mahajan
Stratège en placement

Sources : 1. FactSet 2. Résumé de décembre des projections économiques du FOMC 3. CME FedWatch Tool

Statistiques hebdomadaires du marché

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Statistiques hebdomadaires du marché

Indice

Clôture

Semaine

Cumul annuel

TSX

21 2561,2 %1,4 %

S&P 500

5 006-0,4 %4,9 %

MSCI EAEO *

2 257,211,4 %1,2 %

Obligations canadiennes de catégorie investissement

-0,1 %-2,7 %

Rendement du gouvernement du canada sur 10 ans

3,58 %0,0 %0,5 %

Huile ($ par baril)

78,25 $1,8 %9,2 %

CAD-USD échange de devises

$0.74-0,2 %-2,2 %

Source : FactSet. 2/16/2024. Le rendement passé n’est pas garant du rendement futur. Les indices boursiers ne sont pas gérés et on ne peut y investir directement. *Source : Morningstar, 2/18/2024.

La semaine à venir

Les données économiques importantes publiées cette semaine comprennent l’IPC et les ventes au détail au Canada.
 

Mona Mahajan

Mona Mahajan est responsable de l’élaboration et de la communication des perspectives macroéconomiques et des marchés financiers de la société. Son expérience comprend l’analyse des actions et des titres à revenu fixe, la stratégie de placement mondiale et la gestion de portefeuille.

Elle écrit ou apparaît régulièrement à CNBC, Bloomberg TV, dans le Wall Street Journal et Barron’s.

Mona Mahajan détient une maîtrise en administration des affaires de la Harvard Business School, un baccalauréat en finance de la Wharton School de l’Université de Pennsylvanie ainsi qu’un baccalauréat en informatique de l’École d’ingénierie de la même université.

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Renseignements importants

Sources : *FactSet et Edward Jones **Rapport national sur l’emploi d’ADP, en date du 30 août 2023