Le cessez-le-feu stimule la remontée du marché, mais des obstacles subsistent à court terme
Principaux points à retenir:
- Un cessez le-feu entre les États-Unis, l’Iran et Israël a suscité l’espoir d’une désescalade durable du conflit, ce qui a fait baisser les prix du pétrole et déclenché un rebond marqué des marchés boursiers et obligataires.
- La volatilité s’est atténuée, mais il pourrait y avoir des obstacles à surmonter avant la fin du cessez-le-feu le 21 avril pour aboutir à un accord de paix. La volonté de désamorcer la situation est néanmoins un signe encourageant.
- L’importance de trouver une porte de sortie au conflit a été mise en évidence par les données plus élevées sur l’inflation aux États-Unis la semaine dernière, la plus forte hausse des prix en quatre ans soulignant les risques qu’un choc pétrolier peut faire peser sur les dépenses de consommation et les marges des sociétés.
- Même si l’avenir est incertain, nous continuons de penser que les incitatifs politiques sont alignés pour mettre fin au conflit de façon durable. Un accord de paix pourrait détourner l’attention des risques liés au pétrole pour la recentrer sur les données fondamentales et la croissance des bénéfices des sociétés.
- Selon nous, ces données fondamentales, bien qu’elles aient été assombries par la flambée des prix pétroliers, ont très peu changé, ce qui pourrait préparer le terrain pour une nouvelle progression des marchés si le conflit en Iran se résout.
Une trêve fragile émerge
Le cessez-le-feu de deux semaines entre les États-Unis, l’Iran et Israël a apporté à une désescalade bienvenue dans un conflit qui a ébranlé les marchés mondiaux. La remontée qui a suivi cette annonce la semaine dernière a été nette : les actions et les obligations ont évolué à la hausse et les prix du pétrole ont reculé de 15 %.

Ce graphique montre que les prix du pétrole WTI ont atteint un sommet de plus de 110 $ le baril pendant le conflit iranien, avant de redescendre dans une fourchette de 90 $ à 100 $ après l’annonce d’un cessez-le-feu.

Ce graphique montre que les prix du pétrole WTI ont atteint un sommet de plus de 110 $ le baril pendant le conflit iranien, avant de redescendre dans une fourchette de 90 $ à 100 $ après l’annonce d’un cessez-le-feu.
Toutefois, la performance a depuis été plus modeste et les cours du pétrole demeurent élevés, car les investisseurs s’inquiètent probablement de la durabilité de la trêve, en particulier face aux frappes militaires israéliennes contre le Liban la semaine dernière et au trafic pétrolier toujours très limité dans le détroit d’Ormuz. De plus, il reste à voir si un consensus en faveur d’un accord plus permanent peut être trouvé au cours des quinze prochains jours sur des questions comme la sécurité nucléaire, la navigation dans le détroit d’Ormuz et les garanties de sécurité.
Par conséquent, même si la volatilité a fortement diminué ces derniers jours, nous ne sommes pas nécessairement au bout de nos peines. Il se peut que les marchés continuent de subir des tensions à court terme, surtout à l’approche de la fin du cessez-le-feu en cours, le 21 avril. Vendredi, le président Donald Trump a prévenu qu’il y aurait de nouvelles frappes militaires en cas d’échec des pourparlers.
Néanmoins, nous interprétons la volonté mutuelle de cessez-le-feu, l’ouverture de négociations directes, le soutien et les pressions internationales concernant un accord et, espérons-le, une amélioration du transit dans le détroit d’Ormuz comme des signaux positifs concernant une éventuelle résolution de ce conflit, même si le chemin peut être cahoteux.
Les retombées économiques s’accumulent
Les arguments économiques en faveur d’une désescalade prennent de l’ampleur, car les répercussions du conflit dans les données sont de plus en plus visibles.
La semaine dernière, nous avons appris que les pressions inflationnistes aux États-Unis étaient déjà fâcheusement élevées face au choc des prix de l’énergie découlant de la situation au Moyen-Orient. L’indicateur privilégié par la Fed pour mesurer les pressions inflationnistes sous-jacentes, soit les dépenses personnelles de consommation de base (DPC de base), a de nouveau accusé une forte hausse en février, en plus des solides gains enregistrés en janvier et en décembre. Cette accélération a fait grimper la hausse trimestrielle annualisée de cet indicateur important à plus de 4 %.
Le tableau d’intensité de l’inflation concernant les DPC de février souligne les pressions croissantes sur les prix des biens sous l’effet des droits de douane

Ce tableau présente les principales composantes du rapport de février sur l’inflation selon les DPC, laissant entrevoir une accélération des pressions sur l’inflation de base attribuable à la hausse des prix des biens au cours des derniers mois.

Ce tableau présente les principales composantes du rapport de février sur l’inflation selon les DPC, laissant entrevoir une accélération des pressions sur l’inflation de base attribuable à la hausse des prix des biens au cours des derniers mois.
La hausse reflète en partie l’effet continu de la hausse des droits de douane, l’inflation des biens ayant augmenté de près de 5 % en rythme trimestriel annualisé, les entreprises répercutant ces coûts sur les consommateurs. Nous croyons que l’inflation liée aux droits de douane devrait commencer à s’atténuer au cours des prochains mois, mais à court terme, cette dynamique exacerbe le resserrement du pouvoir d’achat qui s’installe.
Ce resserrement a été bien illustré par l’envolée de l’inflation selon l’indice des prix à la consommation (IPC) des États-Unis pour le mois de mars. L’inflation globale a augmenté de 0,9 % au cours du mois, ce qui est alarmant puisqu’il s’agit de la plus forte hausse en quatre ans, les prix de l’essence ayant bondi de 21 %. Au cours des 40 dernières années, il n’y a eu que huit mois où l’inflation a augmenté d’autant ou plus, et cinq de ces mois se trouvent dans la période post-COVID-19.

Ce graphique montre que la hausse de 0,9 % sur un mois de l’IPC aux États-Unis en mars a été la plus forte hausse depuis 2022 et l’une des plus importante des 40 dernières années.

Ce graphique montre que la hausse de 0,9 % sur un mois de l’IPC aux États-Unis en mars a été la plus forte hausse depuis 2022 et l’une des plus importante des 40 dernières années.
La mauvaise nouvelle, selon nous, c’est que même en supposant un ralentissement des prix du pétrole à partir de maintenant, ce ne sera probablement pas le sommet de l’inflation. Les prix de l’essence aux États-Unis en avril sont plus élevés que lors de la semaine de relevé de l’IPC en mars, et la flambée des prix du pétrole alimentera l’appréciation d’autres biens. Nous nous attendons à ce que les pressions inflationnistes atteignent un sommet au deuxième trimestre, avant de ralentir lentement au second semestre et de reculer plus rapidement au début de 2027.
Le rapport sur l’inflation selon l’IPC laissait entrevoir de meilleures nouvelles. L’inflation du logement, qui tient compte des coûts du logement, continue de diminuer, et les hausses de prix dans d’autres services ont également été modérées. Pour nous, ces signaux devraient nous encourager à tabler sur une normalisation des pressions sur les prix une fois que nous aurons franchi les dernières flambées des prix des biens et de l’énergie.
Les données sur l’inflation au Canada pour mars ne seront pas publiées avant la fin de ce mois. Toutefois, on devrait s’attendre à une flambée semblable de la croissance des prix au vu des prix de l’essence dans le pays. Les prix moyens en mars ont augmenté de près de 30 % par rapport à février et les économistes prévoient une accélération des taux d’inflation globale selon l’IPC de près de 3 % sur 12 mois au deuxième trimestre, alors que les prévisions avant la crise iranienne étaient de 2,3 %.
Comme nous le pensons pour l’inflation aux États-Unis, nous nous attendons à ce que la reprise des pressions sur les prix au Canada se concentre fortement sur les biens sensibles au pétrole et qu’elle soit temporaire, surtout dans un contexte de faiblesse du marché de l’emploi. Le rapport sur l’emploi de la semaine dernière fait état d’une hausse bienvenue de 14 000 emplois, mais elle concerne principalement des postes à temps partiel et elle est loin de compenser les emplois détruits au début de 2026. Le ralentissement du marché de l’emploi devrait atténuer les pressions sur les prix au cours des prochains trimestres et contribuer à ramener l’inflation à la cible de la Banque du Canada lorsque le choc pétrolier s’estompera.
Néanmoins, même s’ils sont temporaires, ces nouveaux épisodes d’inflation vont probablement peser sur les consommateurs américains et canadiens et entamer les dépenses réelles au cours des prochains mois. La consommation aux États-Unis avait déjà commencé l’année 2026 sur des bases plus faibles, puisque les dépenses personnelles ont augmenté à un taux annualisé de seulement 0,7 % en janvier et en février. Les remboursements d’impôt de cette année et la réduction des retenues devraient contribuer à amortir une partie de ce choc des prix, mais davantage pour les ménages à revenu élevé. Quoi qu’il en soit, nous nous attendons à ce qu’une série de données décevantes sur les dépenses au cours des prochains mois viennent souligner les difficultés que connaissent les ménages américains en ce moment. Cette détérioration pourrait être encore plus prononcée au Canada, la confiance des consommateurs ayant chuté à son plus bas niveau en un an en mars.
Du côté américain, ces événements devraient, selon nous, accentuer les incitations politiques à trouver une issue durable au conflit qui favorise à terme la baisse des prix du pétrole. Nous sommes dans une année électorale et les taux d’approbation du président Trump continuent de se détériorer, l’opinion étant déçue de sa gestion de l’économie et de la politique étrangère. Une crise énergétique prolongée pourrait aggraver cette détérioration.
Une feuille de route pour les investisseurs
Les marchés prennent en compte les avancées diplomatiques observées au cours des dernières semaines. L’indice canadien S&P/TSX est désormais en hausse de 7,5 % par rapport à son creux de la mi-mars et les principales actions américaines à grande et à petite capitalisation, des marchés développés et des marchés émergents ont toutes progressé de 7 % à 10 %. Au moment où nous rédigeons ces lignes, la reprise des actions affiche une forme en V.

Ce graphique montre que les actions ont fortement chuté au cours des premières semaines de mars, lorsque le conflit en Iran a pesé sur la confiance, puis elles sont reparties à la hausse début avril après l’annonce d’un cessez-le-feu.

Ce graphique montre que les actions ont fortement chuté au cours des premières semaines de mars, lorsque le conflit en Iran a pesé sur la confiance, puis elles sont reparties à la hausse début avril après l’annonce d’un cessez-le-feu.
Toutefois, comme l’actualité au Moyen-Orient ne cesse de déterminer la confiance des investisseurs, nous devrons probablement voir d’autres signes de progrès dans les négociations de paix pour obtenir des gains durables. Comme nous l’avons souligné plus haut, un enlisement ou une rupture des négociations pourrait entraîner une nouvelle flambée de volatilité. Pour certains investisseurs, tout revers potentiel pourrait être l’occasion d’étoffer la répartition stratégique des actions ou de rééquilibrer les portefeuilles.
À plus long terme, même si les perspectives de parvenir à un accord restent opaques, nous continuons de croire que c’est le résultat le plus probable. Surtout, un accord de paix pourrait amener les investisseurs à se détourner des risques associés aux prix de l’énergie au profit des données fondamentales liés à la croissance et aux bénéfices des sociétés.
Nous croyons que ces données fondamentales, notamment l’élargissement de la rentabilité des sociétés, les réductions d’impôt et les mesures de relance budgétaire, la baisse des taux d’intérêt et la déréglementation aux États-Unis, devraient sortir indemnes de cette crise, quoiqu’un peu meurtries.
À l’exception de l’énergie et d’une partie des technologies, nous nous attendons à ce que les prévisions de bénéfices de la plupart des secteurs soient révisées un peu à la baisse cette année, comme l’ont été les prévisions de croissance nationales, américaines et internationales. Toutefois, malgré ces ajustements, nous pensons que la croissance de l’économie et des bénéfices devrait rester fermement positive en 2026.
Concernant les banques centrales, les attentes à l’égard des taux d’intérêt du marché ont fortement fluctué ces dernières semaines. Aux États-Unis, les marchés ont cessé de tabler sur des baisses de taux d’intérêt cette année alors que la crise iranienne battait son plein, et ont même envisagé que la Fed relève son taux directeur. Toutefois, comme les prix du pétrole ralentissent, nous prévoyons une nouvelle hausse des attentes d’assouplissement. Nous pensons que la Fed pourrait réduire son taux d’ici la fin de l’année, selon la trajectoire des prix pétroliers et de l’inflation.

Ce graphique montre l’évolution de la prise en compte par le marché des réductions de taux d’intérêt cette année, l’assouplissement attendu avant le conflit iranien cédant la place à des hausses de taux au plus fort du conflit. Le cessez-le-feu annoncé la semaine dernière a fait chuter ces attentes, le marché misant désormais sur une hausse de taux de la part de la Banque du Canada et sur le maintien du statu quo pour la Fed, ou peut-être une réduction de taux d’ici la fin de l’année.

Ce graphique montre l’évolution de la prise en compte par le marché des réductions de taux d’intérêt cette année, l’assouplissement attendu avant le conflit iranien cédant la place à des hausses de taux au plus fort du conflit. Le cessez-le-feu annoncé la semaine dernière a fait chuter ces attentes, le marché misant désormais sur une hausse de taux de la part de la Banque du Canada et sur le maintien du statu quo pour la Fed, ou peut-être une réduction de taux d’ici la fin de l’année.
Les attentes à l’égard des taux d’intérêt au Canada ont fluctué encore plus. Après avoir intégré une baisse de taux avant le choc pétrolier, les marchés ont fini par anticiper trois hausses ou plus au plus fort de la crise. Les paris sont ensuite retombés à une ou deux hausses de taux lorsque les prix du pétrole se sont repliés. Même si les risques pointent vers un resserrement monétaire en raison des préoccupations liées à l’inflation à court terme, nous pensons plus probable que la banque centrale maintienne le statu quo. Les taux d’intérêt à 2,25 % offrent un certain soutien à une économie aux prises avec des chocs sur les prix de l’énergie et la politique commerciale américaine. Cette position semble appropriée, d’autant plus que la flambée d’inflation en cours devrait être temporaire.
Dans l’ensemble, le conflit en Iran domine le cycle de l’actualité et la confiance des marchés depuis mars. Mais de notre point de vue, si les risques extrêmes s’estompent, le marché devrait continuer de se concentrer sur les données fondamentales toujours favorables qui étaient à l’origine du rendement positif avant ce choc.
James McCann
Stratégie de placement
Sources de toutes les données citées dans le commentaire : Bloomberg, Bureau of Labor Statistics, RealClear Polling, FactSet, FRED
Chiffres de clôture ci-dessous
| Indice | Clôture | Semaine | Cumul annuel |
|---|---|---|---|
| TSX | 33,696 | 1.8% | 6.3% |
| S&P 500 | 6,817 | 3.6% | -0.4% |
| MSCI EAEO* | 3,029 | 4.0% | 4.7% |
| Oblig. canadiennes de cat. investissement | 0.2% | 0.4% | |
| Taux des oblig. du gouv. du Canada à 10 ans | 3.47% | 0.0% | 0.0% |
| Pétrole ($/baril) | 95.76 $ | -14.1% | 66.8% |
| Taux de change $ CA/$ US | 0.73 $ | 0.6% | -0.8% |
Source: FactSet, au 2 avril 2026. Les obligations sont représentées par l’indice Bloomberg Canada Aggregate Bond. Les rendements passés ne sont pas garants des rendements futurs. * Rendement sur quatre jours se terminant jeudi.
La semaine à venir
Les données économiques importantes pour la semaine à venir comprennent les chiffres du logement et l’inflation selon l’IPP aux États-Unis.

James McCann
Économiste principal
Leader éclairé dans :
- L’incidence des questions économiques sur la vie quotidienne des Américains.
- Les effets des dépenses gouvernementales, des impôts et des changements de réglementation sur nos clients.
- Bâtir des portefeuilles diversifiés pour aider les investisseurs à atteindre leurs objectifs financiers à long terme.
« Le paysage économique et politique ainsi que celui des politiques change radicalement, ce qui rend encore plus difficile pour nos clients de gérer leurs finances personnelles. Dans ce contexte, ce sont nos renseignements approfondis fondés sur la recherche qui peuvent aider les clients à rester sur la bonne voie pour atteindre leurs objectifs financiers. »
James McCann
Économiste principal
Renseignements importants :
Le résumé hebdomadaire des marchés est publié chaque vendredi, après la fermeture des marchés.
Ces renseignements sont donnés uniquement à titre informatif et ne doivent pas être interprétés comme un conseil en placement spécifique. Les investisseurs sont invités à prendre des décisions de placement fondées sur leurs objectifs de placement et leur situation financière spécifiques. Même si, à notre connaissance, les renseignements contenus aux présentes sont exacts, ils ne sont pas garantis et peuvent être modifiés sans préavis.
Les investisseurs devraient comprendre les risques liés aux placements, notamment le risque de taux d’intérêt, le risque de crédit et le risque de marché. La valeur des placements fluctue et les investisseurs peuvent perdre une partie ou la totalité de leur capital.
Le rendement passé n’est pas garant du rendement futur.
Les indices boursiers ne sont pas gérés et il est impossible d’y investir directement. Ils ne visent pas à rendre compte du rendement d’un placement réel.
La diversification n’offre aucune garantie de profit ni aucune protection contre les pertes.
L’investissement systématique n’offre aucune garantie de profit ni aucune protection contre les pertes. Les investisseurs doivent tenir compte de leur volonté de continuer à investir lorsque les cours boursiers sont à la baisse.
Les dividendes peuvent être majorés, réduits ou éliminés à tout moment et sans préavis.
Certains risques sont spécifiques aux placements internationaux, notamment ceux qui ont trait aux fluctuations de change ainsi qu’aux événements politiques et économiques étrangers.