Les bénéfices font le gros du travail
Principaux points à retenir:
- Les bénéfices jouent un rôle prépondérant. La vigueur et l’accélération des bénéfices des sociétés compensent les difficultés liées à la hausse des prix de l’énergie, aux pressions inflationnistes et à l’incertitude entourant les décisions des banques centrales.
- Les données fondamentales demeurent solides. La croissance du PIB du Canada semble avoir rebondi au premier trimestre, de même que le PIB des États-Unis. Les investissements des entreprises augmentent et les consommateurs continuent de dépenser, ce qui donne à penser que l’économie nord-américaine résiste bien pour l’instant malgré la hausse des coûts.
- L’IA demeure une importante source de bénéfices. L’accélération des investissements dans l’IA et dans les infrastructures connexes continue de soutenir la croissance des bénéfices dans les technologies et d’autres secteurs.
- Après une forte remontée, les risques semblent plus équilibrés. La volatilité pourrait augmenter sur les marchés, mais tant que les bénéfices des sociétés demeurent solides, les investisseurs ont des raisons de rester optimistes et d’ignorer l’agitation médiatique à court terme, selon nous.
Le mois d’avril a été marqué par une forte reprise en V, le TSX ayant progressé de 3,6 % et l’indice S&P 500, de 10 %, son meilleur gain mensuel depuis novembre 2020. Cette progression a eu lieu malgré l’incertitude géopolitique constante et les préoccupations persistantes à l’égard de l’énergie. Cet apparent décalage a amené de nombreux investisseurs à se poser la sempiternelle question : pourquoi les marchés résistent-ils si bien?
À notre avis, c’est grâce aux bénéfices des sociétés.
Un bras de fer a actuellement lieu sur les marchés. D’un côté, on constate que les prix du pétrole augmentent, que des risques pèsent sur les attentes d’inflation auxquelles la Banque du Canada (BdC) est sensible et que la Réserve fédérale américaine est partagée concernant la voie à suivre. D’un autre côté, les bénéfices des sociétés sont vigoureux et s’accélèrent, les investissements liés à l’intelligence artificielle (IA) augmentent, la consommation est résiliente et l’économie continue de déjouer les craintes d’un ralentissement. Comprendre comment ces forces opposées interagissent permet d’expliquer non seulement la situation actuelle des marchés, mais aussi comment ils pourraient évoluer au cours des prochains mois.
Les sociétés dépassent les attentes durant la semaine la plus occupée de la période de publication des résultats
La semaine dernière, la période de publication des résultats du premier trimestre a atteint son apogée; 181 sociétés de l’indice S&P 500 et 41 sociétés de l’indice TSX ont publié leurs résultats, dont cinq des sept géants (Alphabet, Amazon, Apple, Meta et Microsoft), ce qui a placé une part importante des meneurs du marché sous la loupe en même temps. Dans l’ensemble, les sociétés ont produit de bons résultats, lesquels ont en grande partie confirmé l’opinion selon laquelle les bénéfices des sociétés demeurent solides et continuent de compenser notablement l’incertitude géopolitique.
On s’attend désormais à ce que la croissance des bénéfices des sociétés de l’indice TSX au premier trimestre dépasse 20 % et à ce que celle des sociétés de l’indice S&P 500 augmente de 15 %, ce qui représenterait le sixième trimestre consécutif de croissance à deux chiffres. Cette vigueur est attribuable à la fois à la croissance rapide des revenus et à des marges bénéficiaires historiquement élevées. Bien que la période de publication des résultats soit toujours en cours, plusieurs thèmes importants sont déjà apparus.

Le graphique montre la croissance des bénéfices des sociétés de l’indice S&P 500 et de l’indice composé S&P/TSX, qui est demeurée solide et qui devrait s’accélérer au cours des prochains trimestres.

Le graphique montre la croissance des bénéfices des sociétés de l’indice S&P 500 et de l’indice composé S&P/TSX, qui est demeurée solide et qui devrait s’accélérer au cours des prochains trimestres.
- La vigueur est généralisée. La plupart des secteurs y contribuent, mais les technologies, les matières, les services financiers et les produits industriels aux États-Unis mènent le bal, affichant tous une solide croissance à deux chiffres. Les soins de santé et l’énergie sont les deux seuls secteurs dont les bénéfices sont plus faibles qu’il y a un an, mais ces baisses devraient s’inverser au cours des prochains trimestres. De plus, on s’attend à ce que l’ensemble des 11 secteurs contribuent à la croissance des bénéfices en 2026, qui devrait maintenant dépasser 18 % aux États-Unis. Au Canada, la croissance pourrait être encore plus rapide, puisque les bénéfices de l’indice TSX devraient, selon les estimations, augmenter de 25 % grâce à la vigueur des secteurs de l’énergie et des matières.
- Les tensions au Moyen-Orient n’ont pas encore eu d’incidence importante sur la demande. À l’exception des compagnies aériennes et d’autres segments directement exposés à la hausse des coûts du carburant, la plupart des sociétés indiquent que l’incertitude géopolitique n’a que peu d’incidence à court terme sur la demande. Même si les équipes de direction continuent d’attirer l’attention sur les risques associés à la poursuite des tensions, peu d’entre elles constatent des effets significatifs sur les commandes et les dépenses pour l’instant.
- La consommation demeure résiliente. Les sociétés de cartes de crédit continuent de faire état de tendances soutenues en matière de dépenses aux États-Unis. American Express, dont les clients sont plutôt des ménages à revenu élevé, a témoigné d’une activité stable et vigoureuse. Visa n’a constaté aucun signe de ralentissement, même chez les consommateurs qui dépensent moins, tandis que Mastercard a fait état d’une solide demande globale, malgré un certain ralentissement des dépenses à l’étranger.
- L’IA demeure un important moteur de rendement. L’accélération de l’adoption de l’IA et des dépenses demeure la principale force qui soutient la croissance des bénéfices. Même si les actions des cinq sociétés technologiques à mégacapitalisation qui ont publié leurs résultats la semaine dernière n’ont pas réagi de la même manière, ces sociétés ont toutes fait état de bénéfices supérieurs aux prévisions. Ces résultats soutiennent des perspectives de croissance des bénéfices d’environ 45 % pour le secteur des technologies ce trimestre. Ces perspectives ont d’ailleurs été révisées à la hausse, puisqu’elles se situaient à environ 26 % il y a à peine six mois. Rien ne laisse entrevoir un ralentissement des dépenses en infrastructures d’IA. Désormais, on s’attend à ce que les grandes sociétés d’infonuagique (Amazon, Alphabet, Microsoft, Meta et Oracle) investissent collectivement environ 700 milliards de dollars cette année pour soutenir le développement de l’IA, soit une augmentation d’environ 80 % par rapport à l’année dernière. Ces dépenses pourraient soulever des questions au sujet des rendements des investissements, mais elles devraient continuer de soutenir les bénéfices des sociétés de semi-conducteurs et des sociétés liées à l’équipement et à la construction de centres de données, selon nous. De plus, nous estimons que d’autres secteurs, comme les produits industriels, devraient profiter, à terme, des gains de productivité découlant de l’IA.

Les graphiques montrent que l’on s’attend désormais à ce que les grandes sociétés d’infonuagique (Amazon, Alphabet, Microsoft, Meta et Oracle) investissent collectivement environ 700 milliards de dollars cette année pour soutenir le développement de l’IA.

Les graphiques montrent que l’on s’attend désormais à ce que les grandes sociétés d’infonuagique (Amazon, Alphabet, Microsoft, Meta et Oracle) investissent collectivement environ 700 milliards de dollars cette année pour soutenir le développement de l’IA.
Le PIB confirme que l’économie résiste bien
Les récentes données économiques confirment ce que les bénéfices sous-entendent. Le PIB du Canada semble avoir rebondi à 1,5 % au premier trimestre, conformément à la prévision de la BdC. L’économie américaine demeure également solide. Le PIB réel des États-Unis a progressé à un rythme annualisé de 2 % au premier trimestre, après le ralentissement provoqué par la paralysie du gouvernement l’an dernier.
Au-delà des données globales, les chiffres détaillés ont été encore plus favorables, les ventes finales aux acheteurs privés au pays, une mesure qui exclut les fluctuations des stocks, les dépenses publiques et les effets sur le commerce, ayant augmenté de 2,5 %, ce qui laisse entrevoir une activité soutenue dans le secteur privé.
Les dépenses de consommation ont légèrement ralenti, mais demeurent résilientes. L’augmentation des revenus et des remboursements d’impôt a contribué à compenser la hausse des coûts de l’essence. Les prix de l’énergie pourraient de plus en plus peser sur les dépenses étant donné que la période des remboursements d’impôt tire à sa fin, mais rien ne laisse entrevoir une détérioration généralisée de la demande des consommateurs pour l’instant. Ailleurs, les investissements des entreprises ont clairement fait la différence. À elles seules, les dépenses en matériel et logiciels informatiques ont contribué d’environ 1,5 % à la croissance du PIB, ce qui témoigne des investissements continus dans l’IA.
Considérées ensemble, les données donnent à penser que même si la hausse des prix du pétrole peut représenter une difficulté si elle persiste, peu de signes indiquent actuellement que l’économie américaine ou canadienne se détériore.

Le graphique montre que l’économie américaine s’est redressée au premier trimestre grâce à de solides investissements des entreprises, à la résilience de la consommation et à la hausse des dépenses publiques après la paralysie budgétaire de l’an dernier.

Le graphique montre que l’économie américaine s’est redressée au premier trimestre grâce à de solides investissements des entreprises, à la résilience de la consommation et à la hausse des dépenses publiques après la paralysie budgétaire de l’an dernier.
Les contrepoids : incertitude croissante autour des décisions des banques centrales, augmentation des prix de l’énergie et hausse des taux
Même si les bénéfices et les données économiques sont favorables, les marchés présentent des contrepoids importants. L’augmentation des prix de l’énergie, la hausse des taux obligataires, la vigilance de la BdC et les divergences croissantes au sein de la Réserve fédérale rendent les perspectives de plus en plus incertaines.
Comme de nombreux analystes s’y attendaient, la BdC a maintenu ses taux inchangés la semaine dernière. Toutefois, même si elle a continué d’indiquer qu’elle ferait abstraction d’une éventuelle hausse de l’inflation due à l’augmentation des prix de l’énergie, elle a également reconnu que les attentes d’inflation à court terme avaient augmenté. Aux États-Unis, la Fed a maintenu sa politique monétaire inchangée pour une troisième réunion consécutive, maintenant le taux des fonds fédéraux dans une fourchette de 3,5 % à 3,75 %. Même si les taux sont demeurés inchangés, le ton adopté pour annoncer cette décision s’est voulu plus prudent. De plus en plus de responsables de la Fed doutent que la prochaine mesure de politique monétaire soit une baisse de taux, comme en témoignent les trois voix dissidentes qui s’opposent au ton plus conciliant du communiqué. Ces opinions dissidentes traduisent la crainte que l’inflation reste élevée plus longtemps.
Les récentes données sur l’inflation confirment cette inquiétude. L’inflation de base selon les DPC, qui est la mesure privilégiée par la Fed, a augmenté de 3,2 % en mars, s’éloignant de la cible de 2 % de la Fed. Parallèlement, les marchés de l’énergie compliquent la situation. Les contrats à terme sur le pétrole expirant en décembre ont atteint de nouveaux sommets inégalés depuis le début du conflit, atteignant 80 $, ce qui exerce des pressions à la hausse sur les attentes d’inflation et les taux obligataires.
Par ailleurs, les risques de ralentissement du marché de l’emploi semblent s’être atténués, ce qui est positif pour l’économie, mais rend également l’assouplissement de la politique monétaire moins urgent. Le nombre de nouvelles demandes de prestations d’assurance-chômage a récemment chuté à 189 000, l’un des plus faibles niveaux jamais enregistrés, et les conditions d’emploi demeurent favorables aux dépenses de consommation malgré la hausse des coûts de l’énergie.
Prises ensemble, ces dynamiques nous portent à croire que la BdC et la Fed devraient rester fermement sur la touche à court terme, maintenant l’équilibre entre vigueur de l’économie et risques d’inflation en partie liés aux prix de l’énergie. Malgré l’arrivée imminente du nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, qui devrait être confirmé à temps par le Sénat pour la réunion des 16 et 17 juin, nous nous attendons à ce que les perspectives de la politique monétaire à court terme restent globalement les mêmes, l’inflation demeurant élevée et les risques de ralentissement du marché de l’emploi s’étant atténués. Selon nous, il est toujours possible que la Fed opère une baisse de taux en 2026, mais cette réduction pourrait survenir à la toute fin de l’année en supposant que les marchés de l’énergie se seront normalisés d’ici là. Au Canada, des hausses de taux sont possibles, car le taux de la BdC se situe déjà à la limite inférieure de la fourchette neutre, mais nous ne pensons pas que la BdC modifiera ses taux avant les négociations de l’ACEUM cet été.

Le graphique montre que les prix des contrats à terme sur le pétrole commencent à indiquer une hausse à la fin de l’année, alors que les prix à court terme semblent avoir atteint un sommet.

Le graphique montre que les prix des contrats à terme sur le pétrole commencent à indiquer une hausse à la fin de l’année, alors que les prix à court terme semblent avoir atteint un sommet.
En conclusion : Les bénéfices demeurent un point d’ancrage fiable
Les marchés ont beaucoup progressé le mois dernier, et la suite ne sera pas sans embûches. Bien que la situation pourrait changer avec la nouvelle proposition de paix soumise par l’Iran, les perturbations persistantes de l’offre d’énergie ne semblent pas en voie d’être clairement résolues, et les banques centrales demeurent sur la touche et adoptent un ton un peu plus ferme. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que les actions et les obligations réagissent à différentes perspectives. Les marchés boursiers ont profité d’une remontée portée par le secteur des technologies aux États-Unis et des produits de base au Canada, soutenue par la vigueur des bénéfices, tandis que les marchés obligataires se sont davantage concentrés sur les risques liés à la hausse des prix du pétrole, à l’inflation et à l’incertitude entourant la politique monétaire.
Après une si forte progression, les risques de hausse et de baisse semblent maintenant plus équilibrés, et nous estimons qu’il est raisonnable de s’attendre à une pause de la remontée des actions. Malgré tout, le contexte des bénéfices offre, selon nous, une protection importante. Tant que les bénéfices des sociétés continueront de s’accélérer, nous pensons que les investisseurs ont tout intérêt à ignorer l’agitation médiatique quotidienne plutôt que d’y réagir et d’adopter une posture négative.
Pour l’instant, les bénéfices semblent gagner le bras de fer. Le marché évolue en fonction des bénéfices, et les bénéfices des sociétés demeurent l’un des points d’ancrage les plus fiables du marché.

Le graphique montre qu’à long terme, il existe une relation étroite entre les cours boursiers et les bénéfices des sociétés.

Le graphique montre qu’à long terme, il existe une relation étroite entre les cours boursiers et les bénéfices des sociétés.
Angelo Kourkafas, CFA
Stratège mondial principal en placement
Sources de toutes les données citées dans le commentaire : Bloomberg et FactSet.
La semaine à venir
Les événements et les données économiques importants pour la semaine à venir comprennent le rapport sur les emplois au Canada et aux États-Unis pour le mois d’avril, et l’indice ISM des directeurs d’achats du secteur des services.
Récapitulatif hebdomadaire des semaines précédentes
Angelo Kourkafas
Angelo Kourkafas est responsable de l’analyse des conditions du marché, de l’évaluation des tendances économiques ainsi que de l’élaboration de stratégies de portefeuille et de recommandations qui aident les investisseurs à atteindre leurs objectifs financiers à long terme.
Il contribue aux rapports d’analyse sur l’actualité boursière d’Edward Jones et a été publié dans The Wall Street Journal, CNBC, le magazine FORTUNE, Marketwatch, U.S. News & World Report, The Observer et le Financial Post.
Il a obtenu un baccalauréat en administration des affaires (avec grande distinction) de l’Université d’économie et de commerce d’Athènes, en Grèce, et une maîtrise en administration des affaires avec spécialisation en finance et en investissement de l’Université d’État du Minnesota.
Renseignements importants :
Le résumé hebdomadaire des marchés est publié chaque vendredi, après la fermeture des marchés.
Ces renseignements sont donnés uniquement à titre informatif et ne doivent pas être interprétés comme un conseil en placement spécifique. Les investisseurs sont invités à prendre des décisions de placement fondées sur leurs objectifs de placement et leur situation financière spécifiques. Même si, à notre connaissance, les renseignements contenus aux présentes sont exacts, ils ne sont pas garantis et peuvent être modifiés sans préavis.
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La diversification n’offre aucune garantie de profit ni aucune protection contre les pertes.
L’investissement systématique n’offre aucune garantie de profit ni aucune protection contre les pertes. Les investisseurs doivent tenir compte de leur volonté de continuer à investir lorsque les cours boursiers sont à la baisse.
Les dividendes peuvent être majorés, réduits ou éliminés à tout moment et sans préavis.
Certains risques sont spécifiques aux placements internationaux, notamment ceux qui ont trait aux fluctuations de change ainsi qu’aux événements politiques et économiques étrangers.
