Les actions peuvent-elles continuer d’augmenter alors que les taux obligataires augmentent?

Principaux points à retenir:

  • Les actions continuent de progresser malgré la hausse des taux obligataires. L’indice S&P/TSX a atteint de nouveaux sommets records et l’indice S&P 500 a inscrit une huitième semaine consécutive de gains, prolongeant ainsi sa série, bien que les taux obligataires se soient rapprochés de récents sommets, ce qui atteste de la vigueur de la remontée.
  • La hausse des taux témoigne de forces positives, mais aussi de contraintes plus fortes. La résilience de la croissance, la vigueur des investissements et l’amélioration de la productivité font grimper les taux, mais le contexte est également marqué par des craintes renouvelées à l’égard de l’inflation, de l’incertitude autour de la politique des banques centrales et une augmentation de la dette publique à l’échelle mondiale.
  • La situation n’est pas la même qu’en 2022. La politique monétaire est neutre, le marché de l’emploi a ralenti et les mesures de soutien budgétaire sont moins stimulantes, ce qui donne à penser que la BdC et la Fed peuvent se permettre d’être plus patientes.
  • Les bénéfices demeurent le principal pilier de la hausse. Les solides bénéfices des sociétés, en particulier ceux des sociétés de produits de base au Canada et des secteurs axés sur l’IA aux États-Unis, continuent de soutenir les actions, même si la hausse des taux peut exercer des pressions sur les valorisations et accroître la volatilité.
  • Maintenir un bon équilibre et demeurer opportuniste. Nous privilégions une combinaison de sociétés technologiques à grande capitalisation et de titres plus cycliques, tout en utilisant des obligations à court terme pour obtenir un rendement intéressant supérieur à celui des liquidités sans assumer de risque de duration important.

Après sept semaines consécutives de gains qui ont fait grimper l’indice S&P 500 d’environ 17 %, les actions ont terminé en hausse la semaine dernière, prolongeant ainsi leur série de gains en la portant à huit semaines, soit la plus longue période de gains depuis 2023, et l’indice TSX a atteint de nouveaux records, même si les taux obligataires ont continué de progresser. La résilience de la remontée est encourageante, mais la hausse des taux alimente le « mur d’inquiétude » du marché.

Jusqu’ici, les actions se sont appuyées sur une progression portée par les bénéfices et la technologie, tandis que les marchés obligataires se sont davantage concentrés sur les risques liés à la hausse des prix du pétrole, à l’inflation persistante, à la dette publique et à l’incertitude quant aux prochaines décisions de la BdC et de la Fed. Toutefois, comme les taux obligataires approchent des niveaux qui ont déclenché des épisodes de volatilité boursière au cours des dernières années, les investisseurs se posent une question légitime : à quel moment les taux vont-ils commencer à freiner la remontée?

Nous allons vous expliquer pourquoi, selon nous, les taux obligataires augmentent et pourquoi le contexte d’inflation actuel diffère de celui de 2022. Nous aborderons également les conséquences potentielles de taux plus élevés pour les portefeuilles.

 Le graphique montre que l’indice S&P 500 affiche des gains depuis huit semaines sans interruption, ce qui constitue la plus longue période de gains depuis 2023.
Source: Bloomberg et Edward Jones. Les rendements passés ne sont pas garants des rendements futurs. Un indice n’est pas géré et il est impossible d’y investir directement. Il ne vise pas à rendre compte du rendement d’un placement réel.

Qu’est-ce qui fait grimper les taux?

Depuis le début de mars, le taux des obligations du gouvernement du Canada à 10 ans est passé d’environ 3,1 % à 3,6 %, soit près de la limite supérieure de la fourchette dans laquelle il évolue depuis deux ans. Les taux à long terme augmentent également à l’échelle mondiale, le taux des obligations du Trésor américain à 30 ans ayant atteint son plus haut niveau depuis 2007 et les taux à long terme au Japon et au Royaume-Uni tutoyant des sommets jamais vus depuis pratiquement plusieurs décennies.

Nous pensons que cette hausse témoigne à la fois de facteurs « favorables », comme la résilience de la croissance, l’augmentation des investissements et l’amélioration de la productivité, et de facteurs « défavorables », dont de nouvelles pressions inflationnistes, l’augmentation de la dette publique et l’incertitude entourant la politique monétaire.

  1. Craintes accrues à l’égard de l’inflation et rajustement des attentes quant à la politique monétaire de la Fed

     

    L’augmentation des prix de l’énergie exerce des pressions à la hausse sur l’inflation. L’IPC global a augmenté de 2,8 % au Canada et de 3,8 % aux États-Unis en avril, soit le rythme le plus rapide depuis 2023, tandis que les prix à la production aux États-Unis ont augmenté de 6 %. L’inflation de base a baissé au Canada, mais a augmenté aux États-Unis, ce qui semble indiquer que les pressions sur les prix ne s’expliquent peut-être pas uniquement par la volatilité des prix de l’énergie.

     

    Pour les investisseurs en obligations, la persistance de l’inflation réduit la probabilité que la Fed baisse les taux rapidement et augmente le risque que les taux demeurent élevés plus longtemps. Plus tôt cette année, les investisseurs essayaient surtout de déterminer quand et dans quelle mesure la Fed allait potentiellement réduire les taux. Depuis le début du conflit, les cours boursiers indiquent désormais la possibilité d’une hausse des taux en octobre pour la BdC et en janvier pour la Fed, ce qui a contribué à la hausse généralisée des taux.

     

  2. Résilience de la croissance économique

     

    L’économie nord-américaine est demeurée plus robuste que prévu. Malgré l’incertitude géopolitique persistante au Moyen-Orient, les consommateurs continuent de dépenser, les entreprises investissent massivement dans l’IA et les bénéfices des sociétés progressent fortement. La productivité est en hausse et les indicateurs opportuns de l’activité économique aux États-Unis, notamment l’indice économique de la Fed de Dallas et le modèle GDPNow de la Fed d’Atlanta, laissent entrevoir un bon trimestre.

     

    Ces facteurs constituent le côté plus positif de la hausse des taux. Une croissance plus forte et une meilleure productivité peuvent faire grimper les attentes à l’égard du potentiel de croissance à long terme de l’économie. Si l’économie peut continuer de croître sans un soutien important des banques centrales, il pourrait ne pas être nécessaire que les taux directeurs soient abaissés autant que prévu.

     

  3. Pressions mondiales

     

    La hausse des taux obligataires ne se cantonne pas à l’Amérique du Nord. Des augmentations semblables ont été observées dans plusieurs grands marchés. En Europe, on s’attend à ce que la Banque centrale européenne relève les taux le mois prochain en réaction à la hausse de l’inflation. Au Japon et au Royaume-Uni, la hausse des taux à long terme s’explique en partie par l’inquiétude que suscitent la dette publique et la politique budgétaire.

     

    Les investisseurs en obligations remettent de plus en plus en cause la possibilité que des mesures de relance budgétaires supplémentaires soient mises en œuvre, dans un contexte où les gouvernements cherchent à atténuer l’incidence des prix élevés de l’énergie sur les ménages. Les déficits plus élevés et l’augmentation des émissions pourraient nécessiter des taux plus élevés pour attirer les acheteurs, surtout dans la partie à long terme de la courbe.

 Le graphique montre que les taux des obligations américaines et canadiennes à 10 ans ont atteint le haut de leur fourchette sur trois ans.
Source: Bloomberg et Edward Jones.

Pourquoi le contexte d’inflation d’aujourd’hui diffère-t-il de celui de 2022?

L’accélération récente de l’IPC, conjuguée au compte-rendu de la Fed montrant que certains responsables envisageraient des hausses de taux si l’inflation demeurait élevée, pourrait rappeler de mauvais souvenirs de l’année 2022. Cette année-là, la BdC et la Fed ont dû réagir, pour la dernière fois, à une inflation élevée en relevant les taux de manière énergique, un cycle de resserrement qui a ultimement contribué à un marché boursier baissier.

Toutefois, nous croyons que le contexte d’inflation actuel diffère sensiblement, à bien des égards, de celui auquel les investisseurs ont fait face en 2022. En raison de ces différences, il semble peu probable que les stratégies des banques centrales soient les mêmes qu’à l’époque.

  • La politique monétaire est complexe. En 2022, les taux directeurs de la BdC et de la Fed étaient proches de zéro, tandis que l’IPC global se dirigeait vers les 8 %. Aujourd’hui, les taux directeurs sont globalement conformes à l’inflation, réduisant ainsi la nécessité pour les banques centrales de devoir réagir rapidement et de façon énergique à chaque hausse inattendue.
  • Les marchés de l’emploi ne sont plus en surchauffe. En 2022, le nombre de postes vacants était environ deux fois plus élevé que le nombre de chômeurs, et la croissance des salaires s’accélérait. Aujourd’hui, le taux de chômage demeure faible, mais il est en hausse, les embauches ont ralenti et la croissance des salaires ne réaccélère pas au point de faire grimper considérablement l’inflation des services.
  • Les mesures de soutien budgétaire sont moins stimulantes. Les mesures de relance après la pandémie ont stimulé la demande en 2022, mais les chaînes d’approvisionnement étaient toujours perturbées. Aujourd’hui, le soutien budgétaire est beaucoup plus limité, même si des mesures ciblées aident les ménages à absorber la hausse des coûts de l’énergie.

C’est pourquoi nous pensons que la BdC et la Fed demeureront vigilantes, mais qu’elles ne réagiront probablement pas de façon excessive à une éventuelle flambée temporaire de l’inflation, provoquée par la hausse des prix de l’énergie, qui est largement hors de leur contrôle. Avant le conflit, l’offre mondiale de pétrole dépassait la demande. Si les conditions reviennent à la normale dans le détroit d’Ormuz, les prix du pétrole pourraient revenir aux niveaux précédents, ce qui contribuera à atténuer une partie des récentes pressions sur l’inflation globale.

Selon notre scénario de base, la Fed et la BdC devraient demeurer sur la touche cette année. Nous ne prévoyons plus de baisses de taux à court terme aux États-Unis, mais nous estimons toujours que la barre pour une hausse de taux est haute.

 Le graphique montre que, contrairement à 2022, le taux directeur de la BdC est maintenant beaucoup plus près du taux d’inflation.
Source: Bloomberg et Edward Jones.

Quelles sont les conséquences sur les portefeuilles?

La hausse des taux obligataires avoisine des niveaux qui pourraient commencer à peser sur le rendement des actions, surtout après deux excellents mois. Des taux obligataires plus élevés peuvent exercer des pressions sur les valorisations, rendre les obligations plus intéressantes que les actions et mettre la remontée à l’épreuve.

Cela dit, nous ne pensons pas que cette hausse des taux obligataires suffise à faire dérailler le marché haussier. Elle reflète en partie une forte croissance, une demande de placement plus élevée et une amélioration de la productivité. Par ailleurs, les actions demeurent principalement soutenues par les bénéfices, ceux du premier trimestre ayant connu leur plus forte progression depuis 2021.

La principale ombre au tableau est le nombre restreint de meneurs sur le marché américain. Certaines sociétés technologiques aux États-Unis et énergétiques au Canada pourraient avoir besoin de faire une pause. Nous continuons de privilégier les actions américaines à grande, à petite et à moyenne capitalisation, en combinant l’exposition à la croissance des mégacapitalisations portée par l’IA à des secteurs plus cycliques qui se négocient à des valorisations plus faibles.

Dans le segment des titres à revenu fixe, la hausse des taux obligataires est à double tranchant. Elle pèse sur les rendements à court terme, les obligations canadiennes de catégorie investissement ayant annulé leurs gains pour l’année, mais a également créé des occasions pour les investisseurs qui cherchent à obtenir un revenu. Nous entrevoyons de la valeur dans les obligations à court terme, pour lesquelles le taux de rendement supérieur à celui des liquidités est intéressant et sans risque de duration important. Par exemple, les taux des obligations du gouvernement du Canada à 2 ans sont supérieurs d’environ 0,6 % à ceux des bons du Trésor à 3 mois, qui constituent un indicateur des taux du marché monétaire.

Nous ne croyons pas qu’il soit temps d’allonger considérablement la duration, compte tenu de l’inflation persistante, de la résilience de la croissance et des préoccupations à l’égard de la dette publique. Toutefois, des taux élevés à long terme pourraient offrir un point de départ plus intéressant si les conditions commencent à changer, en particulier si l’inflation ralentit en raison d’un éventuel accord de paix avec l’Iran ou si la croissance ralentit.

En conclusion : Nous surveillons de près les taux obligataires, car une hausse importante pourrait avoir une incidence sur les valorisations. Toutefois, aux niveaux actuels, nous sommes d’avis que la hausse des taux est plus une source d’inconfort qu’une raison de se détourner des actions. À notre avis, la diversification demeure essentielle dans ce contexte, et nous profiterons des périodes de faiblesse du marché pour étoffer nos placements de façon sélective, lorsque la situation de surachat s’atténuera.

 Le graphique montre que le taux des obligations du gouvernement du Canada à 2 ans est supérieur à celui des bons du Trésor à 3 mois.
Source: Bloomberg et Edward Jones.

Angelo Kourkafas, CFA
Stratège mondial principal en placement

Sources de toutes les données citées dans le commentaire : Bloomberg et FactSet.

La semaine à venir

Les données économiques et les événements importants pour la semaine à venir comprennent le PIB au Canada, et les données sur le logement, la confiance des consommateurs, l’inflation selon les DPC et le PIB aux États-Unis.

Angelo Kourkafas

Angelo Kourkafas est responsable de l’analyse des conditions du marché, de l’évaluation des tendances économiques ainsi que de l’élaboration de stratégies de portefeuille et de recommandations qui aident les investisseurs à atteindre leurs objectifs financiers à long terme.

Il contribue aux rapports d’analyse sur l’actualité boursière d’Edward Jones et a été publié dans The Wall Street Journal, CNBC, le magazine FORTUNE, Marketwatch, U.S. News & World Report, The Observer et le Financial Post.

Il a obtenu un baccalauréat en administration des affaires (avec grande distinction) de l’Université d’économie et de commerce d’Athènes, en Grèce, et une maîtrise en administration des affaires avec spécialisation en finance et en investissement de l’Université d’État du Minnesota.

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Le résumé hebdomadaire des marchés est publié chaque vendredi, après la fermeture des marchés. 

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