Résumé hebdomadaire des marchés

Rotation, réévaluation des cours et retour en grâce de l’« ancienne économie »
Principaux points à retenir:
- Les craintes de perturbations dues à l’IA, la flambée des dépenses technologiques et le ralentissement de l’appétit pour le risque des actifs spéculatifs ont favorisé la volatilité à court terme. Toutefois, la faiblesse s’est concentrée dans le secteur des technologies, et non dans l’ensemble du marché.
- Les secteurs de l’« ancienne économie » prennent la tête de la course, car les investisseurs délaissent le segment bondé des titres de croissance à mégacapitalisation au profit de secteurs d’activité soutenus par une amélioration des attentes de croissance, le cycle industriel aux États-Unis montrant des signes de raffermissement.
- Pour les portefeuilles, nous pensons que cette rotation crée des occasions de diversification, atténue le risque de concentration et contribue à normaliser les valorisations après des années de leadership axé sur les technologies.
- Bien que la rotation, la réévaluation des cours et l’atténuation de l’appétit pour le risque puissent créer des turbulences sur les marchés, nous ne prévoyons pas de récession en 2026, ce qui soutient notre avis positif à l’égard du marché haussier.
Jusqu’à février, les actions ont largement été à l’abri de la forte volatilité qui a marqué les devises et les produits de base au tout début de 2026. La situation a changé la semaine dernière quand l’indice S&P 500 a abandonné les gains enregistrés depuis le début de l’année, plombé par la faiblesse généralisée du secteur des technologies, en particulier les logiciels, qui a reculé de près de 25 % au cours des trois derniers mois*.
Malgré tout, l’indice S&P/TSX et le S&P 500 se situent à moins de 3 % en dessous de leur sommet historique et le Dow Jones a atteint de nouveaux records au cours de la semaine*. Selon nous, cette dynamique donne à penser que les actions des investisseurs reflètent une rotation et une réévaluation des cours, plutôt qu’une détérioration généralisée des données fondamentales sous-jacentes.
Voici notre point de vue sur les grands changements actuellement à l’œuvre sur les marchés.
Rotation : les secteurs de l’« ancienne économie » reviennent sur le devant de la scène
Après des années de domination des technologies, le marché connaît une rotation importante vers les secteurs classiques de la « vieille économie ». Ce changement, qui cadre bien avec l’exposition plus importante de la Bourse de Toronto à ces secteurs, a contribué à sa récente surperformance. Les investisseurs semblent se tourner vers les entreprises et les secteurs d’actifs réels qui avaient perdu leurs faveurs – pétrole et gaz, produits chimiques, transports, biens de consommation de base et banques régionales – lesquels ont tous inscrit des rendements supérieurs depuis que les titres technologiques de pointe ont commencé à perdre de leur élan en fin d’année*.

Le graphique montre une domination des secteurs de l’ancienne économie, comme les transports, les produits chimiques et le pétrole et le gaz, alors que les investisseurs délaissent les sociétés de logiciels. Les rendements passés ne sont pas garants des rendements futurs. Un indice n’est pas géré et il est impossible d’y investir directement. Il ne vise pas à rendre compte du rendement d’un placement réel.

Le graphique montre une domination des secteurs de l’ancienne économie, comme les transports, les produits chimiques et le pétrole et le gaz, alors que les investisseurs délaissent les sociétés de logiciels. Les rendements passés ne sont pas garants des rendements futurs. Un indice n’est pas géré et il est impossible d’y investir directement. Il ne vise pas à rendre compte du rendement d’un placement réel.
Selon nous, ce changement tient à trois facteurs clés : des valorisations plus intéressantes, l’accélération de la croissance des bénéfices et la volonté de diversifier les placements par rapport aux titres de croissance à mégacapitalisation. Le contexte macroéconomique actuel aide également les investisseurs à trouver des sources viables de croissance ailleurs que dans les technologies, ce qui était plus difficile à faire les années précédentes, à notre avis.
Nous croyons que la conjoncture économique profite de plusieurs vents favorables : les solides dépenses de consommation des ménages à revenu élevé, le soutien budgétaire des dépenses publiques au Canada et de la loi budgétaire américaine de l’an dernier, qui devrait accroître les remboursements d’impôt et les incitatifs à l’investissement des entreprises, et les dépenses en immobilisations élevées en lien avec l’IA. Considérés ensemble, ces facteurs nous amènent à penser que l’économie nord-américaine demeure bien soutenue, favorisée du côté américain par un potentiel de croissance supérieure à la tendance, qui peut aider à accroître les revenus dans un plus large éventail de secteurs.
Face à ces perspectives plus réjouissantes, les économistes ont révisé leurs prévisions à la hausse et s’attendent désormais à ce que le PIB des États-Unis progresse de 2,5 % en 2026*. L’économie canadienne devrait croître à un rythme plus modeste de 1,2 %, car l’incertitude commerciale pèse sur l’activité, mais le taux de chômage a probablement atteint un sommet et le secteur des services demeure stable*.

Le graphique montre que les économistes révisent à la hausse les prévisions de croissance du PIB des États-Unis pour 2026.

Le graphique montre que les économistes révisent à la hausse les prévisions de croissance du PIB des États-Unis pour 2026.
Réévaluation des cours : les technologies s’ajustent aux nouveaux scénarios
Le secteur américain des technologies continue d’afficher des bénéfices en forte croissance, qui devraient avoisiner les 30 % sur 12 mois, soit le rythme le plus rapide des 11 secteurs de l’indice S&P 500**. Néanmoins, la faiblesse de ces derniers temps est entièrement attribuable à la compression des valorisations, le ratio cours-bénéfice (C/B) prévisionnel ayant chuté de 32 à 24**. Les investisseurs semblent réévaluer le montant qu’ils sont prêts à payer pour le profil de croissance de ces sociétés, et deux facteurs expliquent cette réévaluation, à notre avis :
1) Inquiétudes suscitées par les perturbations dues à la concurrence de l’IA
Les ventes massives récentes de titres du secteur des logiciels ont été en partie alimentées par l’apparition rapide de nouveaux outils d’IA qui automatisent les tâches dans des domaines comme les affaires juridiques, le marketing et la finance, fonctions traditionnellement desservies par des fournisseurs de logiciels établis*. Ces agents d’IA, notamment les nouveautés telles que l’assistant juridique d’Anthropic, ont accru les craintes que la perturbation des modèles d’affaires existants soit plus rapide que la capacité d’adaptation des sociétés concernées. Les investisseurs s’inquiètent que cette vague d’automatisation intensifie la concurrence, exerce des pressions sur les prix ou, dans le pire des cas, rende désuètes certaines composantes des suites logicielles existantes.
Jusqu’à présent, les ventes de titres du secteur des logiciels ont été généralisées et sans distinction, et il se peut, dans certains cas, que les valorisations reflètent déjà un fort risque de perturbation par rapport aux paramètres fondamentaux actuels. Lors d’une récente conférence sectorielle, Jensen Huang, chef de la direction de NVIDIA, a rejeté ces craintes, soutenant que l’IA va continuer de s’appuyer sur les structures logicielles existantes et les compléter, plutôt que de remplacer entièrement les outils de base. À terme, nous nous attendons à voir clairement apparaître des gagnants et des perdants, mais nous pensons qu’il est difficile de les distinguer aujourd’hui. Par conséquent, la volatilité devrait demeurer élevée dans le secteur des logiciels. Pour les investisseurs qui cherchent à accroître leur exposition, une approche diversifiée à l’échelle des sociétés et des modèles d’affaires pourrait offrir une trajectoire plus prudente, à notre avis.
2) Hausse des dépenses en immobilisations liées à l’IA
Soucieuses de saisir l’occasion au vol et de garder une longueur d’avance sur une concurrence qui s’intensifie, les grandes sociétés technologiques qui publient leurs résultats du quatrième trimestre affichent des augmentations bien plus fortes que prévu de leurs dépenses en immobilisations liées à l’IA, ce qui ajoute à l’inquiétude générale. Alphabet, par exemple, a indiqué que ses dépenses en immobilisations en 2026 pourraient presque doubler par rapport à 2025, pour s’établir aux alentours de 180 milliards de dollars. De même, Amazon a annoncé un plan d’investissement de près de 200 milliards de dollars en 2026, en hausse de 50 % par rapport aux dépenses en immobilisations de l’an dernier, une décision que son chef de la direction a jugée nécessaire pour répondre à une « demande très élevée »*.
Ces investissements colossaux – principalement dans les processeurs, les centres de données et les infrastructures d’IA – soutiennent la croissance des revenus d’autres segments du secteur des technologies, comme les sociétés de semi-conducteurs, et représentent une contribution positive pour l’ensemble de l’économie. Mais ils soulèvent aussi des interrogations sur la capacité de ces dépenses à produire, au final, des rendements suffisants. Et même si le financement de ces investissements passe en grande partie par les flux de trésorerie internes, les sociétés technologiques à mégacapitalisation commencent à s’appuyer de plus en plus sur la dette pour financer une expansion rapide en délaissant leurs modèles d’affaires traditionnels à faible consommation de capital.
Ces changements, qui semblent inquiéter certains investisseurs, contribuent au repli des valorisations des titres technologiques, le marché étant aux prises avec l’incertitude entourant l’envergure, l’opportunité et la rentabilité de ces placements axés sur l’IA.

Le graphique montre la hausse récemment annoncée par Alphabet de ses dépenses en immobilisations pour 2026, qui pourraient presque doubler par rapport à 2025 pour s’établir aux alentours de 180 G$.

Le graphique montre la hausse récemment annoncée par Alphabet de ses dépenses en immobilisations pour 2026, qui pourraient presque doubler par rapport à 2025 pour s’établir aux alentours de 180 G$.
Appétit pour le risque : les actifs spéculatifs perdent de leur élan
La perte d’appétit pour le risque s’est généralisée la semaine dernière et les actifs spéculatifs ont subi des pressions. Les cryptomonnaies ont fortement reculé, le bitcoin chutant de près de 50 % au cours des quatre derniers mois*. L’argent et l’or accusent aussi un fort repli, mais ils restent bien au-dessus des niveaux constatés il y a un an*. Selon nous, ces revirements des opérations axées sur le momentum renforcent l’aversion globale pour le risque et signalent un ralentissement plus généralisé des comportements spéculatifs, peut-être influencé par le récent message de la Fed indiquant une pause prolongée des réductions de taux.
Nous demeurons sceptiques à l’égard de la valeur inhérente du bitcoin et de son utilité à long terme. Du côté des métaux précieux, nous avons récemment souligné que les prix semblaient surévalués et, par conséquent, exposés à une correction. Mais contrairement au bitcoin, nous pensons que l’or peut offrir des avantages de diversification et des rendements sans corrélation par rapport à d’autres catégories d’actif. Pour les investisseurs soucieux des risques extrêmes, nous sommes d’avis qu’une pondération modeste pourrait constituer une forme d’« assurance ». À plus long terme toutefois, l’or a affiché une volatilité plus élevée et des rendements plus faibles que les actions, en plus d’avoir souvent traversé de longues périodes de surplace et de reprise*.

Le graphique montre la baisse en pourcentage par rapport aux sommets, le bitcoin ayant reculé de près de 50 % par rapport à son pic précédent.

Le graphique montre la baisse en pourcentage par rapport aux sommets, le bitcoin ayant reculé de près de 50 % par rapport à son pic précédent.
La route devant vous : les raisons qui nous poussent à rester optimistes
Malgré la récente volatilité, nous demeurons optimistes à l’égard du cycle économique, et convaincus que les investisseurs devraient redoubler d’efforts de diversification cette année. Pour nous, la phase actuelle est un rééquilibrage, qui crée des occasions dans l’ensemble des secteurs et contribue à normaliser les valorisations après une période prolongée de concentration du leadership du côté des titres de croissance.
La rotation, la réévaluation des cours et l’atténuation de l’appétit pour le risque que nous observons pourraient contribuer à des conditions de marché turbulentes à court terme. Mais nous ne prévoyons pas de récession en 2026, qui menacerait la durabilité du marché haussier. D’ailleurs, plusieurs indicateurs laissent penser que la croissance pourrait se raffermir à mesure que le cycle industriel prend une nouvelle tournure. Le tout dernier indice ISM des directeurs d’achats aux États-Unis fait apparaître la plus forte expansion de l’activité manufacturière aux États-Unis depuis 2022, avec une augmentation généralisée des nouvelles commandes, de la production et des commandes restant à traiter*. Après plusieurs années de stagnation, nous pensons que ce rebond laisse entrevoir une réaccélération de l’activité économique qui profite habituellement aux secteurs cycliques sensibles à l’économie et qui contribue à l’élargissement en cours du rendement des marchés boursiers*.
Concernant les portefeuilles, nous croyons que la rotation à l’œuvre sur le marché crée des occasions de diversification et atténue les préoccupations à l’égard des valorisations, en particulier face à des sociétés technologiques qui continuent d’afficher des bénéfices surpassant les rendements des cours. Le secteur des technologies de l’indice S&P 500 se négocie maintenant à un ratio C/B inférieur à sa moyenne sur cinq ans et à peu près conforme à la fourchette constatée sur 10 ans**. Pour les investisseurs sous-exposés au secteur, cette phase d’aversion pour le risque pourrait présenter des occasions d’étoffer les placements dans les technologies et les sociétés américaines à grande capitalisation, mais de nombreux investisseurs peuvent trouver qu’ils les surpondèrent déjà. Nous entrevoyons des occasions intéressantes dans les sociétés à moyenne capitalisation américaines, les actions des pays développés à petite et à moyenne capitalisation et les marchés émergents. Du côté des actions canadiennes, nous continuons de privilégier les produits industriels, l’énergie et les matières.

Le graphique montre l’indice ISM des directeurs d’achats, qui illustre la plus forte expansion de l’activité manufacturière aux États-Unis depuis 2022.

Le graphique montre l’indice ISM des directeurs d’achats, qui illustre la plus forte expansion de l’activité manufacturière aux États-Unis depuis 2022.
Angelo Kourkafas, CFA
Stratège mondial principal en placement
Chiffres de clôture ci-dessous
| Indice | Clôture | Semaine | Cumul annuel |
|---|---|---|---|
| TSX | 32,471 | 1.7% | 2.4% |
| S&P 500 | 6,932 | -0.1% | 1.3% |
| MSCI EAEO* | 3,029 | -0.5% | 4.7% |
| Oblig. canadiennes de cat. investissement | 0.0% | 0.7% | |
| Taux des oblig. du gouv. du Canada à 10 ans | 3.40% | 0.0% | 0.0% |
| Pétrole ($/baril) | 63.46 $ | -2.7% | 10.5% |
| Taux de change $ CA/$ US | 0.73 $ | -0.5% | 0.3% |
Sources : *Bloomberg, **FactSet
Source: FactSet, au 6 février 2026. Les obligations sont représentées par l’indice Bloomberg Canada Aggregate Bond. Les rendements passés ne sont pas garants des rendements futurs. * Rendement sur quatre jours se terminant jeudi.
La semaine à venir
On ne prévoit aucune publication majeure de données économiques au Canada la semaine prochaine, mais d’importantes données économiques sortiront aux États-Unis, notamment les chiffres des ventes au détail, du chômage et de l’inflation.
Angelo Kourkafas
Angelo Kourkafas est responsable de l’analyse des conditions du marché, de l’évaluation des tendances économiques ainsi que de l’élaboration de stratégies de portefeuille et de recommandations qui aident les investisseurs à atteindre leurs objectifs financiers à long terme.
Il contribue aux rapports d’analyse sur l’actualité boursière d’Edward Jones et a été publié dans The Wall Street Journal, CNBC, le magazine FORTUNE, Marketwatch, U.S. News & World Report, The Observer et le Financial Post.
Il a obtenu un baccalauréat en administration des affaires (avec grande distinction) de l’Université d’économie et de commerce d’Athènes, en Grèce, et une maîtrise en administration des affaires avec spécialisation en finance et en investissement de l’Université d’État du Minnesota.
Renseignements importants :
Le résumé hebdomadaire des marchés est publié chaque vendredi, après la fermeture des marchés.
Ces renseignements sont donnés uniquement à titre informatif et ne doivent pas être interprétés comme un conseil en placement spécifique. Les investisseurs sont invités à prendre des décisions de placement fondées sur leurs objectifs de placement et leur situation financière spécifiques. Même si, à notre connaissance, les renseignements contenus aux présentes sont exacts, ils ne sont pas garantis et peuvent être modifiés sans préavis.
Les investisseurs devraient comprendre les risques liés aux placements, notamment le risque de taux d’intérêt, le risque de crédit et le risque de marché. La valeur des placements fluctue et les investisseurs peuvent perdre une partie ou la totalité de leur capital.
Le rendement passé n’est pas garant du rendement futur.
Les indices boursiers ne sont pas gérés et il est impossible d’y investir directement. Ils ne visent pas à rendre compte du rendement d’un placement réel.
La diversification n’offre aucune garantie de profit ni aucune protection contre les pertes.
L’investissement systématique n’offre aucune garantie de profit ni aucune protection contre les pertes. Les investisseurs doivent tenir compte de leur volonté de continuer à investir lorsque les cours boursiers sont à la baisse.
Les dividendes peuvent être majorés, réduits ou éliminés à tout moment et sans préavis.
Certains risques sont spécifiques aux placements internationaux, notamment ceux qui ont trait aux fluctuations de change ainsi qu’aux événements politiques et économiques étrangers.
