L’horizon s’éclaircit pour le mois de septembre
Principaux points à retenir :
- C’est à nouveau aux sceptiques de l’IA de justifier leur position. Les bénéfices de NVIDIA ont confirmé la pérennité de la demande d’IA et des dépenses en IA, la demande des clients continuant de surpasser l’offre et peu de signes indiquant que le cycle d’investissement dans l’IA tire à sa fin.
- M. Warsh a clarifié les priorités de la Fed. À Jackson Hole, le président de la Fed a réaffirmé l’engagement de la Fed à atteindre sa cible d’inflation de 2 % et a clairement indiqué que le rétablissement de la stabilité des prix demeure l’objectif principal, laissant la porte ouverte à de nouvelles hausses de taux si l’inflation demeure élevée.
- Le ralentissement saisonnier de septembre pourrait être moins inquiétant que d’habitude. Même si les difficultés saisonnières méritent d’être surveillées, les données fondamentales favorables donnent à penser que la tendance générale du marché demeure intacte. Par conséquent, nous continuons de privilégier une combinaison d’expositions liées à l’IA et cycliques.
Généralement, le mois de septembre est plus difficile pour les marchés, mais, à l’approche de ce début de mois, les investisseurs y voient plus clair concernant deux enjeux qui ont dominé le contexte de placement. Les bénéfices de NVIDIA ont de nouveau prouvé que le cycle de placement de l’IA demeure intact, tandis que le discours de M. Warsh à Jackson Hole a renforcé l’engagement de la Fed à rétablir la stabilité des prix. Pour les investisseurs canadiens, toutefois, les perspectives sont compliquées par une autre incertitude importante : l’incidence potentielle des nouveaux tarifs douaniers américains. Bien que nous abordions ce sujet dans un autre rapport, le fait que le contexte entourant l’IA et la politique de la Fed soient plus clairs crée une base plus solide pour les mois à venir.
Pour connaître nos réflexions sur l’incidence potentielle des tarifs douaniers américains sur le Canada, consultez notre dernier article de la série Échos des marchés : Les droits de douane de nouveau sur le devant de la scène : évaluation des répercussions sur le Canada | Edward Jones
C’est à nouveau aux sceptiques de l’IA de justifier leur position
Depuis le lancement de ChatGPT à la fin de 2022, NVIDIA est devenue le baromètre de facto de la santé de l’écosystème global de l’IA. La société étant au cœur de la construction d’infrastructures d’IA, ses bénéfices ont des répercussions qui vont bien au-delà de sa propre action. NVIDIA représente maintenant environ le tiers des bénéfices du secteur des technologies, plus de 7 % des bénéfices totaux de l’indice S&P 500 et près de 8 % de l’indice lui-même. Par conséquent, ses résultats trimestriels sont devenus l’un des indicateurs les plus importants de la demande d’IA et de la confiance générale du marché.
Compte tenu des préoccupations grandissantes cette année à l’égard des dépenses en IA, de la durabilité de la demande et de la hausse des coûts de la construction d’infrastructures d’IA, les investisseurs étaient attentifs aux signes pouvant indiquer que l’enthousiasme commençait à s’estomper. À notre avis, les derniers résultats de NVIDIA ont envoyé le message inverse. Même après plusieurs années de croissance extraordinaire, la demande d’infrastructures d’IA continue de s’accélérer et les signes de ralentissement marqué sont minimes.
La société a de nouveau inscrit un trimestre exceptionnel, ce qui en fait le 15e trimestre consécutif de bénéfices et de revenus supérieurs aux attentes, et a également livré des perspectives bien plus solides que prévu. La direction prévoit une croissance des revenus d’environ 70 % l’an prochain, ce qui est nettement supérieur aux attentes des analystes de près de 46 %. La direction a par ailleurs explicitement précisé que ses perspectives sont restreintes par l’offre. Les prévisions de la demande des clients laissent entrevoir une croissance plus proche de 100 %; la difficulté ne tient donc pas à la demande, mais à la capacité à la satisfaire.
Ce qu’il faut retenir de manière plus générale, selon nous, c’est que la demande d’IA et les dépenses en immobilisations demeurent robustes et que peu de signes indiquent que les clients réduisent leurs plans d’investissement. Bien qu’un certain scepticisme ait contribué à contenir les valorisations, la vigueur continue des bénéfices soutient fortement le secteur et l’ensemble du marché. Pour l’instant, selon nous, c’est à nouveau à ceux qui estiment que le cycle d’investissement dans l’IA approche de sa fin de se justifier.

Le graphique montre le chiffre d’affaires de Nvidia et sa pondération au sein de l’indice S&P 500. La forte croissance des revenus continue d’indiquer une importante demande d’IA.

Le graphique montre le chiffre d’affaires de Nvidia et sa pondération au sein de l’indice S&P 500. La forte croissance des revenus continue d’indiquer une importante demande d’IA.
Le débat n’est probablement pas clos, mais les technologies pourraient bénéficier d’un coup de pouce à court terme
Même si les tendances sous-jacentes demeurent favorables, nous sommes d’avis que l’IA passe d’une situation marquée par des dépenses importantes à une situation où elle peut être monétisée. Les investisseurs se concentrent de moins en moins sur les dépenses en IA des sociétés et cherchent davantage à savoir si ces investissements produiront à terme des rendements intéressants. En même temps, les conversations tournent de plus en plus autour de la hausse des coûts. NVIDIA a récemment annoncé une hausse d’environ 15 % des prix des puces pour compenser l’augmentation des coûts de la mémoire, ce qui témoigne de la vigueur de la demande et du coût croissant de la construction d’infrastructures d’IA. Certes, des prix plus élevés peuvent soutenir la rentabilité de NVIDIA, mais ils relèvent également le taux de rendement minimal pour les sociétés qui investissent des milliards de dollars dans des centres de données et des modèles d’IA avancés.
Pour l’instant, toutefois, les clients ne semblent pas reculer face à cet obstacle. Cette période de publication des résultats donne à penser que les dépenses en IA demeurent une priorité stratégique, que la demande continue de surpasser l’offre et que l’intérêt des sociétés pour les placements en IA semble largement intact.
Les évolutions favorables ne se cantonnent pas aux semi-conducteurs, ce qui est encourageant. Les résultats de plusieurs grandes sociétés de logiciels ont contribué à réfuter l’idée selon laquelle l’IA ne fera que perturber le secteur des logiciels. L’action de Salesforce a bondi en réaction à la publication des bénéfices de la société, tandis que l’ensemble du groupe des sociétés de logiciels a commencé à récupérer une partie du terrain qu’elle avait perdu par rapport aux semi-conducteurs au cours de la dernière année.
Les rotations de meneurs entre les géants de l’infonuagique, les sociétés de semi-conducteurs et celles de logiciels devraient se poursuivre, mais les derniers résultats publiés donnent à penser que les avantages de l’IA pourraient se propager à l’ensemble du secteur des technologies. Cela ne nous dit pas qui seront les gagnants et les perdants à long terme du cycle d’investissement dans l’IA, mais pourrait soutenir le secteur des technologies à court terme. Après avoir tiré de l’arrière par rapport à l’ensemble du marché depuis son sommet du début de juin, ce secteur pourrait, selon nous, être en bonne position pour améliorer son rendement relatif.

Le graphique montre le rendement supérieur des semi-conducteurs par rapport aux logiciels, ce qui indique une forte demande d’IA, mais une augmentation des risques de perturbation liés à l’IA.

Le graphique montre le rendement supérieur des semi-conducteurs par rapport aux logiciels, ce qui indique une forte demande d’IA, mais une augmentation des risques de perturbation liés à l’IA.
Kevin Warsh envoie un message plus clair lors de la conférence de Jackson Hole
La fin d’août est souvent associée à la fin des vacances estivales, aux préparatifs de la rentrée scolaire et à la transition vers l’automne. Pour les investisseurs, toutefois, la fin d’août est le moment du symposium annuel de la Réserve fédérale américaine (Fed) à Jackson Hole, au cours duquel les discours des présidents de la Fed déterminent habituellement les attentes des marchés et orientent les prix des actifs. Cette année, les enjeux étaient importants, car les investisseurs attendaient des précisions de la part du président de la Fed, Kevin Warsh, sur la politique monétaire de la banque centrale, sa mesure d’inflation préférée et, de façon plus générale, son engagement à rétablir la stabilité des prix.
Bien que M. Warsh n’ait pas explicitement précisé la trajectoire future des taux d’intérêt, nous estimons que ses commentaires ont renforcé la crédibilité de la Fed et livré une évaluation claire des conditions économiques actuelles et des priorités en matière de politique monétaire. Voici les trois principaux points de son discours :
- La cible d’inflation selon les DPC de 2 % de la Fed demeure inchangée. Après la réunion de juillet, certains investisseurs se demandaient si M. Warsh était disposé à recourir à d’autres mesures de l’inflation qui pourraient présenter une situation plus favorable. À Jackson Hole, il a apaisé ces préoccupations, réaffirmant que l’indice des prix selon les dépenses personnelles de consommation (DPC) demeure le principal indicateur d’inflation utilisé par la Fed et que la cible de 2 % n’est pas négociable. Selon nous, le fait que la Fed s’en tienne à son objectif assoit sa crédibilité.
- La croissance demeure solide, le marché de l’emploi est stable et l’inflation est toujours trop élevée. M. Warsh estime que l’économie est résiliente malgré les chocs externes, ce qui témoigne de la vigueur des dépenses de consommation, des investissements élevés des entreprises, de la hausse des bénéfices des sociétés, et d’un marché de l’emploi toujours compatible avec le plein emploi. Toutefois, il a souligné que l’inflation demeure « assez élevée », indiquant ainsi que la lutte de la Fed contre l’inflation n’est pas encore terminée.
- La Fed a encore « du pain sur la planche »; des hausses de taux sont donc toujours possibles. L’activité économique restant dynamique, la politique monétaire n’étant pas clairement restrictive et l’inflation étant supérieure à la cible depuis plus de cinq ans, M. Warsh a indiqué que la Fed se concentre principalement sur les prix. Le ton adopté a été légèrement ferme, ce qui donne à penser que d’autres hausses de taux demeurent possibles si les données sur l’inflation ne s’améliorent pas (l’indice des prix à la consommation de septembre sera surveillé de près). Après le discours, la probabilité implicite d’une hausse de taux en septembre selon les marchés des contrats à terme, qui était d’environ 35 % auparavant, a augmenté pour atteindre environ 60 %.
Pour les investisseurs, une politique monétaire plus restrictive n’est généralement pas favorable au marché. Toutefois, la certitude que la Fed est prête à agir si l’inflation persiste pourrait contribuer à limiter les pressions à la hausse sur les taux à long terme. En effet, même si les taux des obligations d’État à court terme du Canada et des États-Unis ont considérablement augmenté à la suite des commentaires de M. Warsh, les marchés ayant réévalué la trajectoire du taux directeur de la Fed, les taux des obligations à 10 et à 30 ans n’ont que modérément progressé.
Même si les taux élevés demeurent un obstacle pour les rendements des titres à revenu fixe et les valorisations boursières, nous ne croyons pas que les niveaux actuels représentent une menace importante pour l’économie, les bénéfices des sociétés ou les marchés boursiers. Les taux des obligations d’État à 10 ans au Canada et aux États-Unis ont atteint un sommet en 2023 et sont en grande partie demeurés dans une fourchette large depuis, tout restant systématiquement inférieurs au taux de croissance nominal du PIB de l’économie américaine, qui se situe à environ 6,5 %. Au Canada, l’accélération du PIB au deuxième trimestre a été un signe encourageant, montrant que les entreprises et l’économie ont réussi à surmonter les obstacles commerciaux. Par ailleurs, les valorisations boursières ont déjà reculé cette année, de sorte que la croissance des bénéfices demeure le principal facteur de rendement du marché. Tant que l’activité économique demeure résiliente et que les bénéfices continuent de croître, une hausse des taux de rendement est plus susceptible de peser sur les valorisations que de déclencher un repli généralisé des marchés, selon nous.

Le graphique montre que le taux des obligations du Trésor à 10 ans est inférieur au taux de croissance nominal du PIB de l’économie, qui se situe à environ 6,5 %, ce qui semble indiquer que les taux ne sont actuellement pas restrictifs.

Le graphique montre que le taux des obligations du Trésor à 10 ans est inférieur au taux de croissance nominal du PIB de l’économie, qui se situe à environ 6,5 %, ce qui semble indiquer que les taux ne sont actuellement pas restrictifs.
Le ralentissement saisonnier de septembre pourrait être moins inquiétant que d’habitude
Comme la confiance à l’égard de l’IA et les perspectives de la Fed sont plus claires en cette fin d’août, nous pensons que les investisseurs vont à présent se demander si le ralentissement saisonnier de septembre pourrait perturber un contexte par ailleurs favorable.
Généralement, le mois de septembre est le mois le plus faible de l’année pour les actions, qui produisent le rendement moyen le plus faible et affichent la plus faible probabilité de rendement positif. Cette tendance saisonnière peut être amplifiée pendant les années d’élections de mi-mandat, car les investisseurs sont confrontés à une incertitude politique élevée.
Cela dit, le contexte a son importance. Les périodes de faiblesse de septembre et d’octobre ont souvent eu lieu lorsque les marchés subissaient déjà des pressions ou que les conditions économiques se détérioraient. Le contexte actuel semble bien différent. De plus, l’effet historique des élections américaines de mi-mandat a tendance à être de courte durée, les marchés reprenant souvent de la vigueur une fois que l’incertitude liée aux élections commence à se dissiper.
En outre, les données fondamentales demeurent favorables. La confiance à l’égard de l’IA a fortement augmenté à la suite de la publication des bénéfices de NVIDIA, la croissance des bénéfices des sociétés se poursuit à un rythme exceptionnellement rapide et les estimations actuelles laissent entrevoir une croissance économique résiliente en Amérique du Nord au troisième trimestre. Par ailleurs, les écarts de taux demeurent serrés, les conditions financières sont favorables et la volatilité sur les marchés est faible.
Même si ces difficultés saisonnières méritent d’être surveillées, nous ne croyons pas qu’elles soient suffisantes à elles seules pour faire dérailler la tendance générale du marché. Par conséquent, nous continuons de privilégier une combinaison d’expositions liées à l’IA et cycliques, conformément à vos objectifs de placement et à votre tolérance au risque. Pour ce qui est des titres liés à l’IA, nous apprécions les actions américaines à grande capitalisation, les actions des marchés émergents et le secteur des services de communication de l’indice S&P 500. Du côté des titres cycliques, nous continuons de privilégier les sociétés canadiennes à petite et à moyenne capitalisation ainsi que les secteurs de l’énergie, des matières et des produits industriels de l’indice TSX. Combinées, ces expositions permettent, selon nous, de saisir les occasions de croissance structurelle liées à l’IA et de profiter des facteurs cycliques favorables portés par une économie toujours résiliente.

Le graphique montre le rendement de l’indice S&P 500 et la probabilité de rendements positifs par mois depuis 1945. Le mois de septembre est généralement décevant pour les actions.

Le graphique montre le rendement de l’indice S&P 500 et la probabilité de rendements positifs par mois depuis 1945. Le mois de septembre est généralement décevant pour les actions.
Angelo Kourkafas, CFA
Stratège mondial principal en placement
Sources de toutes les données citées dans le commentaire : Bloomberg et FactSet.
Angelo Kourkafas
Angelo Kourkafas est responsable de l’analyse des conditions du marché, de l’évaluation des tendances économiques ainsi que de l’élaboration de stratégies de portefeuille et de recommandations qui aident les investisseurs à atteindre leurs objectifs financiers à long terme.
Il contribue aux rapports d’analyse sur l’actualité boursière d’Edward Jones et a été publié dans The Wall Street Journal, CNBC, le magazine FORTUNE, Marketwatch, U.S. News & World Report, The Observer et le Financial Post.
Il a obtenu un baccalauréat en administration des affaires (avec grande distinction) de l’Université d’économie et de commerce d’Athènes, en Grèce, et une maîtrise en administration des affaires avec spécialisation en finance et en investissement de l’Université d’État du Minnesota.
Récapitulatif hebdomadaire des semaines précédentes
8/21: Une semaine en montagnes russes pour les taux : distinguer les occasions des risques
8/14: Le ralentissement de l’inflation justifie l’approche patiente de la Fed
8/7: Les difficultés s’estompent, permettant de nouveaux sommets
7/31: La Fed et les bénéfices des sociétés technologiques demeurent au centre des préoccupations
Renseignements importants :
Le résumé hebdomadaire des marchés est publié chaque vendredi, après la fermeture des marchés.
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Certains risques sont spécifiques aux placements internationaux, notamment ceux qui ont trait aux fluctuations de change ainsi qu’aux événements politiques et économiques étrangers.