Rotation des sociétés technologiques, frénésie des PAPE et Fed : trois facteurs à surveiller cet été
Principaux points à retenir:
- Les sociétés technologiques perdent de l’élan, mais gardent le cap : Le récent repli des sociétés de semi-conducteurs témoigne d’une prise de profits après une remontée « trop importante et trop rapide », l’élargissement de la participation au marché indiquant un contexte de marché plus sain. Un éventuel accord entre les États-Unis et l’Iran pourrait soutenir davantage cette tendance d’élargissement.
- La demande de PAPE mettra à l’épreuve l’appétit pour le risque : L’introduction en bourse de SpaceX pourrait agir comme un indicateur en temps réel de la confiance des investisseurs et de leur volonté à financer des sociétés à forte croissance et à forte intensité de capital à des valorisations élevées. Selon les données historiques, l’enthousiasme initial laisse généralement place à la prudence, car les PAPE importants sont souvent à la traîne de l’ensemble du marché au cours de leur première année.
- La BdC et la Fed restent sur la touche : La Banque du Canada (BdC) a laissé les taux inchangés, mais est devenue moins insistante sur la nécessité de continuer à augmenter les taux d’intérêt, ce qui donne à penser qu’elle maintiendra le statu quo au deuxième semestre de l’année. Aux États-Unis, l’inflation globale élevée est en grande partie attribuable à l’énergie, tandis que les pressions sous-jacentes demeurent contenues, ce qui permet aux décideurs de temporiser.
- Attendez-vous à de la volatilité, mais conservez vos placements : Sur les marchés, le groupe de meneurs semble s’élargir et la volatilité revenir à la normale, ce qui laisse entendre que les éventuels replis signaleraient plutôt une correction que la fin d’une tendance.
Les marchés commencent l’été dans une phase plus volatile, mais toujours favorable, selon nous, marquée par une rotation du groupe de meneurs, plusieurs PAPE très attendus et le retour de la géopolitique au centre des préoccupations, avec un éventuel accord de paix entre les États-Unis et l’Iran qui pourrait atténuer les pressions sur l’énergie.
Après une progression historique des sociétés technologiques au cours des deux derniers mois, l’instabilité des actions des sociétés de semi-conducteurs a troublé la récente période de calme du marché, ce qui a entraîné un repli de certains des plus grands gagnants. En y regardant de plus près, on constate que la dynamique s’améliore, avec les premiers signes d’une rotation et d’un élargissement de la participation, ce qui est encourageant. Nous pensons que ce changement pourrait prendre davantage d’ampleur si le détroit d’Ormuz rouvrait, car cela atténuerait les pressions sur l’inflation et les taux obligataires.
Voici trois facteurs à surveiller au cours des mois d’été :
1) Les actions technologiques ralentissent après une surchauffe
Après deux mois de progression rapide des actions technologiques, en particulier celles liées à l’IA, les investisseurs ont commencé à faire preuve de plus de prudence au début de juin. L’indice des semi-conducteurs, qui avait presque doublé depuis le début de l’année, a cédé environ 12 % avant de se redresser partiellement à la fin de la semaine. Cette fluctuation semble surtout indiquer que les investisseurs ont pris des profits après la remontée parabolique, et non que les paramètres fondamentaux se sont détériorés ou que l’intérêt pour l’IA s’est fortement essoufflé. Pour le dire simplement, ces actions sont allées trop loin, trop vite.

Le graphique montre le rendement supérieur des sociétés de semi-conducteurs par rapport à l’indice S&P 500, ce qui témoigne de la forte demande liée à l’IA.

Le graphique montre le rendement supérieur des sociétés de semi-conducteurs par rapport à l’indice S&P 500, ce qui témoigne de la forte demande liée à l’IA.
À la marge, des rapports indiquent que l’on pourrait observer une transition vers des modèles d’IA moins chers et plus efficaces à mesure que les entreprises utilisatrices deviennent plus attentives aux coûts, ce qui pourrait entraîner des ajustements des flux de travail de l’IA et un rythme d’adoption plus mesuré. Cependant, les grands fournisseurs de services d’infonuagique dépensent toujours plus en infrastructures; la tendance d’adoption à long terme demeure donc intacte.

Le graphique montre qu’Amazon, Alphabet, Meta, Microsoft et Oracle devraient consacrer près de 1 000 milliards de dollars aux infrastructures d’IA au cours des 12 prochains mois.

Le graphique montre qu’Amazon, Alphabet, Meta, Microsoft et Oracle devraient consacrer près de 1 000 milliards de dollars aux infrastructures d’IA au cours des 12 prochains mois.
Parallèlement, alors que les actions technologiques font une pause, d’autres secteurs commencent à prendre les rênes. L’indice S&P 500 équipondéré surpasse désormais ce même indice pondéré en fonction de la capitalisation boursière depuis le début de l’année (11 % contre 9 %), les services financiers, les soins de santé, les titres défensifs et les actions de sociétés à petite capitalisation gagnant du terrain. Cette situation laisse entrevoir un élargissement du groupe de meneurs et de la participation, ce que nous considérons comme une évolution favorable pour la durabilité du marché haussier. Nous nous attendons à ce que cette tendance se poursuive à court terme, surtout si les efforts en vue de rouvrir le détroit d’Ormuz contribuent à atténuer les pressions sur les prix du pétrole et les taux obligataires.

Le graphique montre le rendement de l’indice S&P 500 pondéré en fonction de la capitalisation boursière par rapport à ce même indice équipondéré. Malgré l’enthousiasme à l’égard de l’IA, l’indice équipondéré affiche un rendement supérieur cette année, avec peut-être un plus grand potentiel de rattrapage.

Le graphique montre le rendement de l’indice S&P 500 pondéré en fonction de la capitalisation boursière par rapport à ce même indice équipondéré. Malgré l’enthousiasme à l’égard de l’IA, l’indice équipondéré affiche un rendement supérieur cette année, avec peut-être un plus grand potentiel de rattrapage.
2) PAPE : une mise à l’épreuve en temps réel de l’appétit pour le risque
Les PAPE ont le vent en poupe, comme en témoigne le lancement très attendu de SpaceX, le plus important appel public à l’épargne de l’histoire. La société a mobilisé environ 75 milliards de dollars, soit plus du double de Saudi Aramco en 2019 (le deuxième PAPE en importance). De plus, à un prix par action de 135 dollars, la société était évaluée à près de 1 800 milliards de dollars, ce qui la classe parmi les plus grandes sociétés du monde.
Malgré sa taille, seule une petite partie des actions peuvent être négociées sur le marché. Le fondateur, les initiés et les premiers investisseurs restent largement majoritaires, ce qui laisse un flottant de moins de 5 %. Par conséquent, la société pèsera moins dans les principaux indices boursiers que ne le laissent entrevoir ses valorisations globales.
Même si certains fournisseurs d’indices vont accélérer l’inclusion du titre, notamment le Russell 1000, le MSCI É.-U. et le NASDAQ 100, créant une demande précoce de la part des placements passifs, l’indice S&P 500 a choisi de ne pas accélérer l’inclusion du titre, qui ne pourra être intégré à cet indice phare qu’un an après son inscription à la cote. Cette approche établit un précédent qui déterminera la façon dont les autres PAPE importants seront traités à l’avenir.
SpaceX est probablement le premier d’une longue liste de méga-PAPE prévus dans le domaine de l’IA et des technologies de nouvelle génération, puisqu’il est probable que des sociétés comme Anthropic et OpenAI annoncent leur prochaine introduction en bourse. Cette vague d’offre soulève une question clé pour les marchés : la demande peut-elle suivre le rythme? Ainsi, l’offre de SpaceX sert, selon nous, de mise à l’épreuve en temps réel de l’appétit pour le risque. Nous estimons qu’une forte demande témoignerait d’une volonté des investisseurs de financer des entreprises à forte croissance et à forte intensité de capital, dont les valorisations sont élevées (SpaceX se négocie à plus de 100 fois ses revenus des 12 derniers mois), tandis qu’une demande plus faible pourrait indiquer que les investisseurs se lassent de plus en plus et appliquent des critères plus stricts pour les titres axés sur la croissance.

Le graphique montre que le PAPE de SpaceX est de loin le plus important de l’histoire en ce qui a trait aux capitaux mobilisés.

Le graphique montre que le PAPE de SpaceX est de loin le plus important de l’histoire en ce qui a trait aux capitaux mobilisés.
3) La BdC et la Fed tablent sur la patience pour trouver le juste équilibre face aux signaux d’inflation
Le plus grand changement dans les perspectives macroéconomiques cette année a concerné la trajectoire des taux d’intérêt, en raison de nouvelles pressions inflationnistes. Après la flambée des prix du pétrole liée aux tensions au Moyen-Orient, les marchés obligataires se sont mis à anticiper non plus des baisses de taux, mais des hausses de taux, bien que ce ne soit plus le cas au Canada pour le reste de 2026.
La semaine dernière, la BdC a maintenu son taux directeur à 2,25 % pour la cinquième fois de suite, comme de nombreux analystes s’y attendaient. Toutefois, en parallèle de la politique monétaire, la banque centrale a subtilement changé de ton, donnant à penser qu’il est peu probable qu’elle relève les taux de sitôt. Le communiqué mentionnait les deux trimestres de PIB négatif, l’attente selon laquelle l’économie devrait demeurer en situation d’offre excédentaire et la faible évolution de l’emploi depuis le début de l’année. De plus, la banque a reconnu que peu de signes indiquaient une répercussion généralisée de la hausse des prix de l’énergie sur d’autres prix à la consommation, l’inflation de base demeurant proche de 2 %. Par conséquent, les marchés obligataires intègrent désormais une faible probabilité que la BdC modifie les taux cette année, ce qui est également conforme à nos attentes.
Aux États-Unis, les données sur l’inflation en mai ont fourni des signaux contrastés à la Fed. L’IPC global a augmenté de 4,2 % sur 12 mois, soit sa plus importante hausse depuis le début de 2023, en raison principalement de l’augmentation des prix de l’énergie. Toutefois, l’IPC de base, qui exclut les aliments et l’énergie, a augmenté de 2,9 %, ce qui est légèrement inférieur aux attentes. Les prix des biens ont baissé sur un mois pour la première fois en un an, ce qui donne à penser que les effets des tarifs douaniers de l’an dernier se sont estompés, et l’inflation des services n’a montré aucun signe d’une réaccélération importante.
Dans l’ensemble, les données suggèrent que même si l’inflation globale demeure élevée, les pressions sous-jacentes sont plus modérées. Selon nous, cela laisse la possibilité à la Fed de temporiser en attendant que les effets du choc énergétique se fassent sentir dans le système. Si les prix du pétrole se stabilisent ou baissent, comme ils ont commencé à le faire en juin, nous pensons que l’inflation atteindra son sommet ce trimestre et s’atténuera dans la seconde moitié de l’année.
Les perspectives à court terme en matière de politique monétaire demeurent incertaines; on s’attend d’ailleurs à ce que la Fed cesse d’indiquer, lors de sa prochaine réunion, qu’elle serait plutôt encline à assouplir sa politique monétaire. Malgré tout, nous ne nous attendons pas à ce que les décideurs réagissent de façon énergique à ce qui semble être une inflation largement alimentée par l’énergie. À notre avis, une pause prolongée demeure l’issue la plus probable. Pour les marchés, un contexte de taux d’intérêt élevés pendant une période prolongée, plutôt qu’une reprise du resserrement monétaire, peut quand même soutenir les valorisations, selon nous, surtout s’il témoigne d’une croissance économique stable et de l’atténuation progressive des pressions inflationnistes.

Le graphique montre l’IPC global et l’IPC de base aux États-Unis, le premier ayant bondi en raison de la hausse des prix de l’énergie, tandis que le second est demeuré plus contenu.

Le graphique montre l’IPC global et l’IPC de base aux États-Unis, le premier ayant bondi en raison de la hausse des prix de l’énergie, tandis que le second est demeuré plus contenu.
Positionnement selon différents scénarios, y compris la possibilité d’une période de changements sur les marchés cet été
Comme souvent, les marchés ont tendance à faire deux pas en avant et un en arrière. Après deux mois de forte progression, nous ne serions pas surpris de voir les actions reprendre leur souffle au cours de l’été pour assimiler les récents gains.
Selon nous, les conditions actuelles ne sont pas le signe d’une rupture, mais plutôt d’une transition des marchés :
- d’un groupe de meneurs restreint à une participation plus vaste;
- d’une volatilité contenue à un niveau de volatilité plus normal;
- de gains attribuables au momentum à une phase plus mature du cycle.
À court terme, cette transition devrait provoquer des turbulences, en particulier tant que le groupe de meneurs continue d’évoluer. Toutefois, comme l’économie est résiliente et que les bénéfices augmentent rapidement (les bénéfices devraient augmenter de 21 % au deuxième trimestre), nous pensons que les éventuels replis seront plutôt le signe d’une correction que d’un pic majeur ou d’un retournement de tendance.
Dans ce contexte, nous recommandons de conserver ses placements tout en tenant compte de la concentration dans les segments très prisés. Nous miserions sur l’élargissement du groupe de meneurs, en investissant notamment dans les secteurs cycliques et les sociétés américaines à moyenne capitalisation, tout en conservant une exposition équipondérée. Même si l’économie américaine continue d’afficher la plus forte dynamique, la réouverture potentielle du détroit d’Ormuz et la baisse des prix du pétrole qui en résulterait pourraient soulager les régions sensibles aux prix de l’énergie, et les actions de valeur des pays développés étrangers seraient probablement celles qui en profiteraient le plus, selon nous.
En ce qui concerne les PAPE, même si chaque offre est unique, en particulier compte tenu de l’envergure des inscriptions à la cote cette année, les données historiques laissent supposer qu’un enthousiasme précoce ne se traduit pas toujours par un rendement supérieur soutenu. Parmi les 30 plus importants PAPE de l’indice Russell 3000 au cours des 20 dernières années, les sociétés ont cédé en moyenne environ 2,8 % au cours des trois premiers mois suivant leur inscription à la cote, tandis que l’indice S&P 500 a progressé d’environ 3 % au cours de la même période. À plus long terme, ces sociétés ont inscrit un rendement inférieur d’environ 15 % à celui de l’indice général au cours de leur première année en bourse. C’est pourquoi la sélectivité et la rigueur sont importantes. Nous recommandons d’évaluer les nouvelles occasions en fonction des paramètres fondamentaux, de la valorisation et de la pertinence au sein du portefeuille, plutôt que de se fier aux manchettes et de suivre les effets de mode.
Dans l’ensemble, les « changements » de l’été pourraient ne pas provenir d’un ralentissement du marché, mais plutôt d’une évolution du groupe de meneurs et d’une hausse de la volatilité. Nous demeurons optimistes et considérons les replis comme des occasions d’accroître progressivement l’exposition et la diversification des portefeuilles à mesure que le marché évoluera, en fonction de vos objectifs de placement, de votre tolérance au risque et de votre horizon de placement.

Le graphique montre le rendement moyen de la première année par rapport au rendement de l’indice S&P 500 des 30 plus importants PAPE aux États-Unis.

Le graphique montre le rendement moyen de la première année par rapport au rendement de l’indice S&P 500 des 30 plus importants PAPE aux États-Unis.
Angelo Kourkafas, CFA
Stratège mondial principal en placement
Sources de toutes les données citées dans le commentaire : Bloomberg et FactSet.
Angelo Kourkafas
Angelo Kourkafas est responsable de l’analyse des conditions du marché, de l’évaluation des tendances économiques ainsi que de l’élaboration de stratégies de portefeuille et de recommandations qui aident les investisseurs à atteindre leurs objectifs financiers à long terme.
Il contribue aux rapports d’analyse sur l’actualité boursière d’Edward Jones et a été publié dans The Wall Street Journal, CNBC, le magazine FORTUNE, Marketwatch, U.S. News & World Report, The Observer et le Financial Post.
Il a obtenu un baccalauréat en administration des affaires (avec grande distinction) de l’Université d’économie et de commerce d’Athènes, en Grèce, et une maîtrise en administration des affaires avec spécialisation en finance et en investissement de l’Université d’État du Minnesota.
Récapitulatif hebdomadaire des semaines précédentes
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