Première hausse de taux de la Fed en trois ans : ce qu’elle signifie pour les investisseurs

Principaux points à retenir :

  • La Réserve fédérale américaine a relevé la fourchette cible pour le taux des fonds fédéraux de 25 points de base, soit 0,25 %, à 3,75 %-4,00 %, comme prévu.
  • Les décideurs s’attendent à une autre hausse de taux cette année, mais restent divisés quant à la nécessité d’un resserrement supplémentaire en 2027.
  • Les marchés ont initialement interprété le ton de la Fed comme légèrement plus ferme que prévu. Les actions américaines ont reculé et les taux obligataires ont augmenté à la suite de l’annonce, mais les actions ont ensuite rebondi.
  • Nous sommes d’avis que les marchés boursiers peuvent continuer de bien se comporter dans un contexte de taux plus élevés, surtout si la croissance économique demeure résiliente et que les bénéfices des sociétés continuent d’augmenter à un rythme supérieur à 10 %.
  • La hausse des taux obligataires à court terme a accru leur avantage sur les liquidités. Cela peut offrir une occasion de générer un revenu plus élevé sur les liquidités excédentaires tout en assumant un risque de taux d’intérêt supplémentaire seulement modéré.

La Fed hausse les taux et adopte un ton légèrement plus ferme

Comme prévu, la Réserve fédérale américaine a relevé la fourchette cible pour le taux des fonds fédéraux à 3,75 %-4,00 %, ce qui représente sa première hausse de taux en trois ans. Comme cette décision était largement anticipée par les marchés, les investisseurs se sont davantage concentrés sur la mise à jour des prévisions économiques de la Fed et le ton adopté par le président, Kevin Warsh, lors de la conférence de presse.

La mise à jour des prévisions laisse entrevoir une Fed plus axée sur l’inflation. Les responsables ont relevé leurs prévisions d’inflation et prévoient une autre hausse de taux d’ici la fin de l’année. Pour l’année prochaine, toutefois, les perspectives sont moins stables. Sur les 18 responsables, 8 prévoient une autre hausse de taux en 2027, tandis que les autres s’attendent à ce que les taux demeurent inchangés ou soient abaissés. Cette distribution illustre le manque de consensus quant à la nécessité d’un resserrement supplémentaire l’an prochain.

Les prévisions à long terme à l’égard du taux des fonds fédéraux ont également légèrement augmenté. Cela donne à penser que les responsables augmentent progressivement leur estimation du taux directeur neutre, c’est-à-dire un taux qui ne stimule ni ne freine l’économie. Si cette hypothèse se révèle exacte, cela signifierait que la politique monétaire actuelle pourrait être moins restrictive et que les taux d’intérêt pourraient se stabiliser à un niveau légèrement plus haut que prévu.

Le président de la Fed, Kevin Warsh, a renforcé le ton légèrement ferme en mettant l’accent sur la persistance des pressions inflationnistes sous-jacentes. Il a notamment indiqué que la hausse des taux « [réduisait] d’un cran le soutien monétaire », ce qui a été particulièrement remarqué. À notre avis, ce commentaire donne à penser qu’il ne considère pas encore la politique actuelle comme vraiment restrictive et qu’il pourrait donc y avoir d’autres hausses de taux si l’inflation demeure élevée.

Dans l’ensemble, nous pensons que la Fed est en train de rajuster sa politique monétaire pour ramener l’inflation vers la cible plus rapidement. Des ajustements progressifs et mesurés dans un contexte de croissance résiliente et stable devraient moins perturber les marchés qu’un resserrement rapide conçu pour contenir une économie en surchauffe.

La résilience de l’économie et du marché de l’emploi permet à la Fed de se concentrer sur l’inflation

Les prévisions mises à jour de la Fed reflètent également un contexte économique un peu plus solide. Les responsables ont revu à la hausse leurs perspectives de croissance à court terme, qui demeurent supérieures à la tendance à long terme prévue, et leur évaluation du marché de l’emploi. Ensemble, ces révisions donnent à penser que les responsables estiment que l’économie peut absorber un certain resserrement de la politique monétaire sans que l’emploi se détériore de façon marquée.

Les marchés anticipent un resserrement plus rapide par la Banque du Canada que par la Fed, comme l’illustre le graphique ci-dessous.

 Le graphique montre que les marchés anticipent un rythme de resserrement plus rapide pour la Banque du Canada que pour la Fed.
Source: Bloomberg et outil FedWatch de CME.

Le taux des obligations du Trésor américain à deux ans, qui est particulièrement sensible à l’évolution des attentes à l’égard du taux directeur, a augmenté d’environ 10 points de base (0,10 %) après l’annonce de la Fed. Cette hausse indique probablement que les marchés obligataires ont considéré les prévisions comme étant un peu plus restrictives que prévu.

Nous pensons que la décision et les prévisions de la Fed renforcent son engagement à rétablir la stabilité des prix. Cela devrait contribuer à préserver la crédibilité de la banque centrale en matière de lutte contre l’inflation. Les mesures des attentes d’inflation selon le marché, qui sont une composante clé des taux obligataires nominaux, semblent étayer ce point de vue. Les taux d’inflation neutres des marchés des titres du Trésor protégés contre l’inflation (TIPS) ont reculé d’environ 5 à 10 points de base (0,05 % à 0,10 %) cette semaine, comme l’illustre le graphique ci-dessous.

 Le graphique montre que les attentes implicites du marché à l’égard de l’inflation ont diminué après l’annonce de la Fed cette semaine.
Source: FactSet.

La vigueur soutenue des bénéfices peut soutenir les marchés boursiers

Si la Fed finit par opérer deux ou trois hausses de taux au cours de cette phase, nous pensons que les marchés les considéreraient en grande partie comme un rajustement de milieu de cycle plutôt que comme le début d’un nouveau cycle de resserrement prolongé. Les coûts d’emprunt pourraient augmenter, en particulier à court terme, mais nous ne nous attendons pas à ce que cette hausse fasse dérailler la croissance économique dans son ensemble ni les perspectives de bénéfices des sociétés.

La résilience des dépenses de consommation et la poursuite de la croissance des bénéfices peuvent contribuer à compenser les taux d’intérêt élevés, en particulier si l’inflation se rapproche progressivement de la cible de 2 % de la Banque du Canada et de la Fed. Les valorisations boursières se sont récemment repliées à mesure que les taux obligataires ont augmenté, mais la forte croissance des bénéfices a compensé en grande partie cette incidence et contribué à soutenir le rendement du marché.

Le rythme exceptionnellement élevé de croissance des bénéfices du deuxième trimestre devrait ralentir, tout en restant dans les deux chiffres pour le TSX et le S&P 500 au cours des prochains trimestres, comme l’illustre le graphique ci-dessous.

 Le graphique montre que la croissance des bénéfices des indices S&P/TSX et S&P 500 devrait demeurer solide au cours des prochains trimestres. Les rendements passés ne sont pas garants des rendements futurs. Un indice n’est pas géré et il est impossible d’
Source: FactSet.

Malgré les prix élevés du pétrole et l’inflation, les ventes au détail d’août aux États-Unis ont dépassé les attentes, ce qui témoigne de la vigueur persistante des dépenses des ménages. Pour les investisseurs, la résilience de la consommation et la croissance généralisée des bénéfices devraient contribuer à soutenir un meilleur rendement dans un plus large éventail de secteurs et de sociétés. Selon nous, cette généralisation pourrait contribuer à pérenniser la progression du marché, qui dépendrait ainsi moins d’un petit groupe de sociétés à mégacapitalisation.

Les obligations à court terme offrent maintenant un avantage de taux encore plus élevé par rapport aux liquidités

Les taux des obligations à court terme ont augmenté par rapport à leurs récents creux, les marchés ayant pris en compte les attentes de nouvelles hausses de taux de la BdC. Par conséquent, les obligations à court terme offrent maintenant un avantage de taux encore plus élevé par rapport aux liquidités, comme l’illustre le graphique ci-dessous.

 Ce graphique montre que l’avantage de taux des obligations à court terme par rapport aux liquidités a augmenté. Les obligations à court terme sont représentées par le rendement dans le pire scénario de l’indice Bloomberg Global Aggregate Canadian Governme
Source: FactSet, Bloomberg et S&P.

Il est important d’insister sur le fait que les obligations à court terme ne remplacent pas les liquidités. Leurs prix peuvent fluctuer à mesure que les taux d’intérêt et les conditions de crédit évoluent. Toutefois, en raison de leurs échéances plus courtes, elles sont généralement moins sensibles aux variations des taux d’intérêt que les obligations à moyen et à long terme.

Nous sommes d’avis que les liquidités jouent un rôle important dans les portefeuilles, procurant des fonds pour les dépenses imprévues, les objectifs d’épargne à court terme et des dépenses courantes. Toutefois, détenir plus de liquidités que nécessaire peut réduire le potentiel de rendement à long terme. Après avoir établi une réserve de liquidités appropriée, envisagez de réinvestir progressivement les liquidités excédentaires.

Les titres à revenu fixe à court terme, qu’il s’agisse de fonds d’obligations, de FNB, d’obligations individuelles ou de CPG, peuvent offrir un revenu supplémentaire tout en allongeant seulement légèrement la duration. Selon nous, les obligations à court terme peuvent donc être le bon compromis entre la stabilité, la liquidité, le potentiel de revenu plus élevé qu’offrent les liquidités, et la sensibilité plus élevée aux taux d’intérêt des obligations à long terme. Dans un contexte de taux d’intérêt plus élevés, cet équilibre peut être particulièrement intéressant pour les investisseurs qui cherchent un revenu, mais qui souhaitent conserver de la souplesse. Veillez à évaluer ces occasions en tenant compte du contexte de vos objectifs financiers, de votre tolérance au risque, de vos besoins de liquidité et de votre horizon de placement.

À retenir

Nous recommandons aux investisseurs de conserver leurs placements tout en gardant à l’esprit que les évènements géopolitiques et l’incertitude entourant la politique monétaire pourraient demeurer des sources de volatilité potentielle. Nous continuons de privilégier les actions par rapport aux titres à revenu fixe, car la résilience économique, les solides bénéfices des sociétés et la stabilité des dépenses de consommation devraient contribuer à créer un contexte favorable pour les actions, même si les taux d’intérêt continuent de grimper.

Du côté des actions, nous entrevoyons des occasions dans les actions américaines à grande capitalisation et les actions des marchés émergents, car ces univers devraient profiter de l’innovation technologique et des investissements dans les infrastructures connexes. Les actions américaines devraient également demeurer soutenues par la vigueur relative de l’économie américaine. Nous recommandons également de surpondérer les actions canadiennes à petite et à moyenne capitalisation, car elles sont fortement exposées aux matières, aux produits industriels et à l’énergie, trois secteurs que nous considérons comme porteurs.

Votre conseiller en investissement peut vous aider à vous assurer que votre portefeuille tient compte de votre tolérance au risque et est conforme à vos objectifs financiers afin que vous soyez en bonne voie pour les atteindre.

Brian Therien, CFA
Stratégie de placement

Sources de toutes les données citées dans le commentaire : FactSet.

Brian Therien

Brian Therien est analyste principal des titres à revenu fixe au sein de l’équipe Stratégie de placement dans le segment Conseils et orientation de la société. Il est responsable de l’analyse des marchés et des produits de titres à revenu fixe, ainsi que de l’élaboration des conseils et perspectives visant à aider les clients à atteindre leurs objectifs financiers à long terme.

Brian Therien a obtenu un baccalauréat en finance, avec mention, de l’Université de l’Illinois à Urbana-Champaign. Il est titulaire d’un MBA de la Booth School of Business de l’Université de Chicago. Il détient le titre de CFAMD et est membre du CFA Institute et de la CFA Society de St. Louis.

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Renseignements importants :

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