La géopolitique accapare l’attention, mais c’est l’IA qui a le dernier mot

Principaux points à retenir

  • La géopolitique demeure une source de volatilité, sous l’effet de la recrudescence des tensions entre les États-Unis et l’Iran. Les prix du pétrole ont toujours une incidence, mais leur influence sur les actions a diminué, les marchés étant moins sensibles au brouhaha médiatique qu’au début de l’année.
  • L’attention des marchés demeure plutôt tournée vers l’IA, où les importants bénéfices et les récents épisodes de volatilité déterminent toujours les meneurs du marché.
  • Les dépenses en IA posent question, mais la demande et les bénéfices du secteur des technologies demeurent élevés. Compte tenu de la forte concentration et des attentes élevées, nous recommandons aux investisseurs de maintenir leur exposition aux technologies, mais de la compléter par des sources de rendement différenciées.
  • Au deuxième semestre, selon nous, le groupe de meneurs américains devrait s’élargir pour former un ensemble plus équilibré incluant des sociétés de l’IA, cycliques et diversifiées, dont des sociétés canadiennes à petite et moyenne capitalisation, des sociétés des secteurs des produits industriels, de l’énergie et des matières.

Si les investisseurs avaient besoin qu’on leur rappelle que la géopolitique et l’IA ont été les principaux moteurs du marché cette année, le mois de juillet et le troisième trimestre s’en sont chargés. La recrudescence des tensions au Moyen-Orient a fait grimper les prix du pétrole, mais la réaction des marchés boursiers a été contenue, ce qui donne à penser que les investisseurs considèrent cette toute dernière flambée comme une source de risque global à court terme et non comme un évènement modifiant radicalement les perspectives générales du marché. L’attention des marchés demeure plutôt tournée vers l’IA, où les importants bénéfices et les récents épisodes de volatilité déterminent toujours les meneurs du marché. Ci-après, nous partageons notre point de vue sur les récents évènements géopolitiques, l’évolution de la rotation au sein du secteur des technologies et le positionnement du portefeuille pour la deuxième moitié de l’année.

La géopolitique demeure un impondérable, mais ne change pas la donne

Les marchés de l’énergie sont de nouveau sur le devant de la scène, car l’intensification des tensions entre les États-Unis et l’Iran a fait craindre la fin des négociations de paix et la reprise des affrontements, même si de nouvelles négociations semblent toujours possibles. L’Iran a recommencé à attaquer les navires commerciaux circulant dans le détroit d’Ormuz, les États-Unis ont lancé une nouvelle salve de frappes et rétabli les sanctions sur le pétrole iranien, et l’Iran a riposté en frappant des bases militaires au Koweït et à Bahreïn. En réaction, les prix du pétrole ont brièvement augmenté de 5 % la semaine dernière pour s’établir à environ 72 $ le baril, mais ils demeurent bien en deçà du sommet de 120 $ atteint en mars et légèrement supérieurs aux niveaux enregistrés avant le conflit.

 Le graphique montre que, cette année, les prix du pétrole ont augmenté, puis baissé jusqu’à revenir à leur niveau initial.
Source: Bloomberg et Edward Jones.

L’incertitude géopolitique a contribué à une correction de près de 10 % au premier semestre de l’année, mais a également mis en lumière la résilience de l’économie à ces chocs. Le retour du risque géopolitique pourrait encore alimenter l’aversion pour le risque à court terme, en particulier en raison de la hausse des prix du pétrole, des taux obligataires et des attentes d’inflation. Toutefois, nous ne nous attendons pas à ce que les investisseurs réagissent à cette période d’incertitude de la même façon qu’en mars, et ce, pour plusieurs raisons :

  • Ni les États-Unis ni l’Iran ne semblent souhaiter un conflit prolongé. Les investisseurs ont également constaté que réagir de façon excessive aux manchettes, qui changent très vite, peut produire des résultats sous-optimaux pour les portefeuilles. En fait, tirer progressivement parti des replis causés par des facteurs géopolitiques a toujours été (et cela se vérifie encore cette année) une meilleure stratégie que de se précipiter.
  • Depuis que le cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran est entré en vigueur à la mi-juin, l’offre de pétrole a commencé à se redresser, offrant un nouveau coussin de sécurité aux marchés de l’énergie. L’OPEP a augmenté les quotas de production, et l’Iran semble avoir sorti de grandes quantités de pétrole du golfe; en effet, selon les estimations, environ 60 millions de barils de pétrole iranien seraient actuellement en mer. De plus, le rétablissement des sanctions américaines sur le pétrole iranien pourrait avoir une incidence limitée, car la Chine devrait vraisemblablement continuer à acheter.
  • Selon nous, il faudrait probablement que les prix du pétrole augmentent nettement plus et de manière beaucoup plus soutenue pour qu’ils aient un impact sur les perspectives de l’économie et de bénéfices des sociétés. Le marché de l’emploi se redresse après un début d’année décevant, le taux de chômage au Canada en juin étant retombé à 6,5 %, son plus bas niveau depuis janvier, ce qui contribue à soutenir les revenus des ménages. Parallèlement, les bénéfices des sociétés continuent de profiter des dépenses en infrastructures liées à l’IA, de la résilience de la demande et de l’augmentation des marges.

Le comportement des marchés donne également à penser que les prix du pétrole ont eu une influence plus faible sur les actions au cours des derniers mois. En mars, l’indice S&P 500 et l’indice TSX ont reculé 10 jours sur les 12 où le WTI a augmenté de plus de 3 %, enregistrant des baisses moyennes d’environ 0,7 % et 0,8 %, respectivement. D’avril à juin, l’indice S&P 500 a reculé 8 jours sur les 12 en question, tandis que l’indice TSX a reculé 9 jours sur les 12 en question, enregistrant des baisses moyennes d’environ 0,2 % et 0,5 %. Autrement dit, les flambées des prix du pétrole ont toujours une incidence, mais le marché y est moins sensible.

En conclusion : Les tensions entre les États-Unis et l’Iran pourraient continuer de faire grimper les prix du pétrole et les taux obligataires à court terme, mais les actions semblent moins vulnérables aux flambées des prix du pétrole qu’au début de l’année. Plus important encore, nous sommes d’avis que l’IA et la croissance des bénéfices sont de puissants contrepoids, qui demeurent des moteurs de marché plus durables et plus influents.

 Le tableau montre que les flambées des prix du pétrole ont toujours une incidence
Source: Bloomberg et Edward Jones.

L’IA demeure une force puissante, mais la volatilité augmente

L’indice américain des semi-conducteurs vient de réaliser son meilleur trimestre jamais enregistré, avec une progression de 88 %. Toutefois, le troisième trimestre a commencé par un repli dans l’ensemble du secteur. L’indice coréen KOSPI, qui affiche un très bon rendement et qui, à un moment donné cette année, a doublé, a depuis reculé de 20 % par rapport à son sommet et est entré en territoire baissier. Cet indice pondère fortement deux sociétés qui sont au cœur du développement de l’IA, à savoir Samsung et SK Hynix, qui représentent ensemble près de 55 % de sa composition, ce qui amplifie les fluctuations dans les deux sens.

De façon plus générale, les actions liées à l’IA sont devenues plus volatiles, car les investisseurs remettent de plus en plus en question le rythme et le rendement des dépenses. Nous observons des signes de lassitude, la demande d’IA par les utilisateurs finaux devenant plus sensibles aux prix et le marché commençant à pénaliser les sociétés qui augmentent leurs dépenses de façon trop énergique. Toutefois, nous n’observons pour l’instant aucun signe de ralentissement de la demande ou des dépenses. Compte tenu des tendances fondamentales positives décrites ci-dessous, nous considérons cette volatilité comme un signe indiquant que le thème de l’IA arrive probablement à maturité, et non qu’il perd de la vigueur, ce qui est sain dans l’évolution des cycles de placement de transformation.

 Le graphique montre que les bénéficiaires de l’IA ont enregistré des gains élevés au premier et au deuxième trimestres
Source: Bloomberg et Edward Jones.

Les rendements restent toujours principalement portés par les bénéfices des sociétés technologiques

Pour évaluer la durabilité de la contribution de l’IA aux marchés, nous surveillons les bénéfices des sociétés, qui ont tendance à être le facteur le plus durable de rendement des actions. Pour l’instant, nous pensons que le message est encourageant et contestons l’idée selon laquelle la remontée de l’IA serait purement spéculative.

La période de publication des résultats du deuxième trimestre commence officieusement avec les banques américaines le 14 juillet, suivie du secteur des produits industriels et d’un grand nombre de sociétés technologiques à mégacapitalisation plus tard au cours du mois. Les bénéfices de l’indice S&P 500 devraient augmenter de 23 % sur 12 mois, ce qui marquerait le deuxième trimestre consécutif de croissance des bénéfices supérieure à 20 %. La croissance des revenus devrait atteindre 12 % et les prévisions de bénéfices ont été révisées à la hausse au cours du trimestre, ce qui est inhabituel, les estimations étant généralement revues à la baisse à l’approche de la période de publication des résultats.

Ces révisions à la hausse sont surtout attribuables aux secteurs des technologies et de l’énergie. Le secteur des technologies devrait enregistrer la plus forte croissance des revenus parmi les 11 secteurs de l’indice S&P 500 et le deuxième taux de croissance des bénéfices le plus élevé, à 63 %. Le secteur de l’énergie devrait également contribuer de façon importante à ces hausses, grâce à l’augmentation des prix du pétrole au cours du trimestre. Ensemble, ces deux secteurs devraient produire environ 80 % de la croissance totale des bénéfices de l’indice S&P 500.

Toutefois, la barre est haute. Une forte croissance des bénéfices à elle seule pourrait ne pas être suffisante si les résultats sont à peine conformes aux attentes élevées. Au Canada, nous observons une dynamique semblable : les rendements sont principalement portés par les secteurs de l’énergie et des matières, qui contribuent à une croissance prévue de 32 % des bénéfices de l’indice TSX au deuxième trimestre et de 27 % pour l’ensemble de l’année. Étant donné que les prix du pétrole ont maintenant baissé par rapport à leur sommet, il ne serait pas surprenant, selon nous, de constater une perte de momentum dans les révisions des bénéfices.

Nous pensons qu’à partir de maintenant, les investisseurs se concentreront probablement moins sur la croissance des bénéfices et plus sur l’accélération du rythme d’amélioration. En ce sens, le taux de changement pourrait atteindre un sommet au deuxième trimestre, même si les sociétés continuent d’inscrire une croissance des bénéfices de plus de 10 % au deuxième semestre de l’année.

 Les graphiques montrent une croissance généralisée au deuxième trimestre
Source: Bloomberg et Edward Jones.

Positionnement du portefeuille pour le reste de l’année

Selon nous, les rotations au sein du secteur des technologies et au-delà caractériseront probablement les marchés au deuxième semestre. Les secteurs de l’IA et des semi-conducteurs demeurent des moteurs clés du rendement du marché, soutenus par la forte croissance des bénéfices et les investissements continus dans l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement de l’IA. Toutefois, après les fortes fluctuations de nombreuses actions en lien avec l’IA, le risque de concentration a augmenté et le secteur des technologies a désormais une pondération démesurée dans l’indice général. À notre avis, les investisseurs doivent maintenir leur exposition au thème de l’IA en conservant leurs placements aux États-Unis et dans les marchés émergents, mais en la complétant par des sources de rendement plus diversifiées et différenciées.

  • Pour l’exposition cyclique, nous privilégions les actions canadiennes de sociétés à moyenne capitalisation, et les secteurs des produits industriels, de l’énergie et des matières. Ces actions et ces secteurs devraient profiter de la volatilité géopolitique, de la résilience de la croissance économique et des dépenses en infrastructures. Ils offrent également une exposition à des segments du marché qui pourraient tirer parti d’un élargissement du groupe de meneurs au-delà des sociétés technologiques à mégacapitalisation.
  • Pour l’exposition à l’IA en dehors des technologies traditionnelles, nous continuons d’apprécier le secteur des services de communication aux États-Unis. Nous sommes d’avis que ce secteur offre une exposition importante aux bénéficiaires de l’IA, mais les valorisations sont moins élevées que par le passé et la croissance des bénéfices devrait demeurer robuste. À notre avis, il offre un moyen plus équilibré de participer au thème de l’IA sans dépendre uniquement des segments les plus prisés du marché.
  • De façon plus générale, nous nous attendons à ce que le deuxième semestre soit différent du premier. Le groupe de meneurs du marché devrait s’élargir, la volatilité, actuellement faible, pourrait se normaliser et les rendements pourraient devenir moins portés par le momentum et plus dépendants de la production de bénéfices, de la rigueur en matière de valorisations et de la rotation sectorielle. Nous restons favorables au risque, mais à la fin de juin, nous avons légèrement réduit notre recommandation de surpondération des actions par rapport aux obligations.

En conclusion : L’IA demeure un thème de placement durable, mais la prochaine phase du marché pourrait récompenser davantage l’équilibre que la concentration. Nous sommes d’avis que les investisseurs doivent conserver leurs placements, veiller à les diversifier et envisager de profiter des périodes de volatilité pour s’assurer que les portefeuilles sont positionnés pour tirer parti non seulement de la progression des meneurs de marché du premier semestre, mais aussi des occasions plus générales qui pourraient se présenter au deuxième semestre, tout en respectant leurs objectifs de placement et leur tolérance au risque.

Source: Bloomberg, Edward Jones.

Angelo Kourkafas

Angelo Kourkafas est responsable de l’analyse des conditions du marché, de l’évaluation des tendances économiques ainsi que de l’élaboration de stratégies de portefeuille et de recommandations qui aident les investisseurs à atteindre leurs objectifs financiers à long terme.

Il contribue aux rapports d’analyse sur l’actualité boursière d’Edward Jones et a été publié dans The Wall Street Journal, CNBC, le magazine FORTUNE, Marketwatch, U.S. News & World Report, The Observer et le Financial Post.

Il a obtenu un baccalauréat en administration des affaires (avec grande distinction) de l’Université d’économie et de commerce d’Athènes, en Grèce, et une maîtrise en administration des affaires avec spécialisation en finance et en investissement de l’Université d’État du Minnesota.

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