La Fed et les bénéfices des sociétés technologiques demeurent au centre des préoccupations
Principaux points à retenir :
- Comme prévu, la Fed a maintenu les taux des fonds fédéraux dans une fourchette cible de 3,5 % à 3,75 %, même si trois membres de la Fed ont plaidé en faveur d’une hausse d’un quart de point.
- Les taux des obligations d’État canadiennes et américaines ont augmenté à la suite de la réunion, les obligations à long terme ayant enregistré les fluctuations les plus importantes, ce qui a accentué les deux courbes de taux.
- Les bénéfices de quatre sociétés des sept magnifiques ont entraîné des réactions contrastées sur le marché, ce qui donne à penser que les investisseurs attendent de plus en plus des preuves que les dépenses élevées dans l’IA se traduisent par une croissance durable des revenus et des bénéfices.
- Les taux d’intérêt pourraient rester élevés pendant une période prolongée, mais la résilience de la croissance économique, les très bons bénéfices des sociétés et l’élargissement de la participation des différents secteurs peuvent continuer de soutenir les actions.
Comme prévu, la Fed maintient les taux
La réunion de juillet du FOMC a été au centre des préoccupations des marchés cette semaine. Comme la décision de maintenir les taux pour la cinquième réunion consécutive était largement attendue, les marchés se sont davantage concentrés sur le communiqué de politique monétaire et sur le ton adopté par le président de la Fed, Kevin Warsh, lors de la conférence de presse.
Le comité a voté à 9 voix contre 3 pour le maintien des taux des fonds fédéraux dans une fourchette cible de 3,5 % à 3,75 %. Les voix dissidentes provenaient de présidents de Fed régionales, qui ont plaidé en faveur d’une hausse d’un quart de point et qui se sont dits préoccupés par la lenteur avec laquelle l’inflation revient vers la cible de 2 %. Cette division a confirmé qu’un groupe conservateur et de plus en plus enclin à faire entendre son point de vue s’est formé au sein du comité, mais la majorité des responsables ne sont pas encore prêts à resserrer la politique monétaire.
M. Warsh a réaffirmé, lors de la conférence de presse, l’engagement de la Fed à rétablir la stabilité des prix et a déclaré que les responsables sont prêts à agir au besoin. Il a également reconnu que les taux obligataires avaient considérablement augmenté, ce qui donne à penser que les marchés obligataires pourraient faire une partie du travail de la Fed, et ainsi réduire la nécessité d’une intervention immédiate. Les marchés ont semblé interpréter l’ensemble du message comme traduisant une position ferme sur l’inflation, mais comme entretenant le flou quant au moment où la Fed prendra sa prochaine décision. Les taux des obligations d’État ont augmenté après la réunion, en particulier dans la partie à long terme de la courbe, le taux des obligations du gouvernement du Canada à 30 ans ayant atteint son plus haut niveau depuis 2010.

Le graphique montre que les taux des obligations d’État canadiennes et américaines ont augmenté, en particulier ceux à long terme. Les rendements passés ne sont pas garants des rendements futurs.

Le graphique montre que les taux des obligations d’État canadiennes et américaines ont augmenté, en particulier ceux à long terme. Les rendements passés ne sont pas garants des rendements futurs.
Il convient de souligner que les attentes d’inflation prises en compte sur les marchés obligataires sont demeurées contenues, comme en témoignent les taux d’inflation neutres des titres du Trésor américain protégés contre l’inflation (TIPS) et des obligations canadiennes à rendement réel, qui se situent dans une fourchette de 2,1 % à 2,3 %. Les soldes de capital des TIPS s’ajustent en fonction de l’indice des prix à la consommation (IPC), qui a toujours eu tendance à être un peu plus élevé que les dépenses personnelles de consommation (DPC), la mesure privilégiée de la Fed, ce qui signifie que les taux neutres semblent globalement compatibles avec le fait que l’inflation se rapproche de la cible de la Fed au fil du temps, selon nous. Par conséquent, nous croyons que la récente hausse des taux d’intérêt est principalement attribuable aux taux réels et à l’accentuation de la courbe des taux, même si certains participants au marché semblent également commencer à remettre en question la crédibilité de la Fed dans la lutte contre l’inflation. Pour les investisseurs en obligations, des taux réels plus élevés peuvent améliorer le revenu rajusté en fonction de l’inflation.
L’inflation persistante pourrait forcer la Fed à agir
Comme prévu, l’inflation globale des DPC aux États-Unis a baissé, passant de 4,1 % en mai à 3,7 % en juin. Ce recul s’explique en partie par la baisse des prix du pétrole à la suite du cessez-le-feu temporaire entre les États-Unis et l’Iran. L’inflation des DPC de base, qui exclut les catégories plus volatiles que sont les aliments et l’énergie, a baissé pour atteindre 3,3 %. Toutefois, les DPC de base aux États-Unis demeurent élevés, tandis que l’IPC de base au Canada est passé sous la barre des 2 %, comme il est indiqué ci-dessous.

Le graphique montre que l’IPC de base au Canada a baissé, tandis que les DPC de base aux États-Unis demeurent élevées, au-dessus de la cible de la Fed.

Le graphique montre que l’IPC de base au Canada a baissé, tandis que les DPC de base aux États-Unis demeurent élevées, au-dessus de la cible de la Fed.
La baisse des prix de l’énergie peut réduire l’inflation globale relativement rapidement, mais pour que l’inflation de base, qui est la mesure privilégiée par la Fed, continue de s’améliorer, il faudra probablement que les pressions sur les prix des services s’atténuent encore davantage, selon nous.
D’ailleurs, la situation du marché américain de l’emploi permet aux responsables de prioriser les risques d’inflation. En effet, le taux de chômage demeure contenu à 4,2 %, ce qui est conforme à la prévision à long terme de la Fed, qui est largement considérée comme son estimation du plein emploi. Les salaires ont augmenté de 3,5 % en moyenne en juin par rapport à il y a un an, ce qui indique que la croissance de la rémunération demeure gérable.
Dans l’ensemble, les conditions du marché de l’emploi semblent globalement équilibrées. Cela devrait contribuer à réduire le risque qu’un cycle salaires-prix accentue les pressions sur les prix. Comme le volet « plein emploi » du double mandat de la Fed est globalement rempli, nous sommes d’avis que les responsables devraient poursuivre leurs efforts pour rétablir la stabilité des prix.
À notre avis, la probabilité que la Fed relève les taux augmente, en particulier si les tensions géopolitiques persistent et les prix du pétrole rebondissent, ou si l’inflation se généralise. Une politique monétaire plus restrictive ne peut pas résoudre directement un choc d’offre, mais elle peut aider à éviter que la hausse des prix de l’énergie ne soit intégrée dans les attentes d’inflation.
Comme la croissance économique est soutenue par la résilience des dépenses de consommation et les investissements continus liés à l’IA, nous pensons que la Fed cherchera surtout à savoir si les pressions inflationnistes sont temporaires ou s’installent de manière plus persistante au cours des prochains mois. Il est donc probable qu’une hausse de taux soit décidée à la réunion de septembre, d’autant plus si les prix du pétrole grimpent ou si les pressions sur les prix se propagent. À notre avis, les données sur l’inflation de juillet et d’août, ainsi que l’évolution des marchés de l’énergie influeront fortement sur la prochaine décision de la Fed.
Les sociétés technologiques à mégacapitalisation contribuent fortement aux résultats publiés pendant cette période
Parmi les sept magnifiques (Apple, Alphabet, Amazon, Meta, Microsoft, NVIDIA et Tesla), quatre sociétés ont publié leurs résultats cette semaine et les réactions du marché ont été contrastées. Les actions de Microsoft et d’Amazon se sont redressées, car les revenus provenant de l’infonuagique ont augmenté, tandis que le cours de l’action de Meta a baissé, les marchés s’étant focalisés sur le fait que les bénéfices ont été inférieurs aux attentes et que les prévisions ont été revues à la baisse dans un contexte de dépenses en capital élevées. Les actions d’Apple ont également perdu du terrain, les préoccupations à l’égard des coûts et les perspectives prudentes de la société ayant semblé décevoir les investisseurs.
Plus globalement, il faut retenir que les investissements dans l’IA demeurent un thème durable, car plusieurs sociétés ont revu à la hausse leurs perspectives en matière de dépenses en capital, même si les rendements des cours boursiers commencent à diverger de façon plus marquée, selon nous. Nous estimons que cette divergence marque un tournant important dans le cycle d’investissement dans l’IA. Les marchés semblent désormais moins récompenser les sociétés qui investissent dans l’IA et davantage chercher à évaluer les revenus et les bénéfices que ces investissements peuvent produire. Ce changement pourrait placer la barre plus haut pour les sociétés dont les plans d’investissement sont ambitieux. Les grandes sociétés technologiques ont peut-être les bilans, les flux de trésorerie et l’accès au capital nécessaires pour maintenir des dépenses élevées, mais les investisseurs semblent plus enclins à déterminer le moment où les investissements porteront leurs fruits.
Plus généralement, les résultats du deuxième trimestre ont été très bons. Alors que nous en sommes à plus de la moitié de la période de publication des résultats, 86 % des sociétés de l’indice S&P 500 qui ont publié leurs résultats ont surpassé les prévisions des analystes, avec une hausse-surprise moyenne de 31 %. Par conséquent, les prévisions de croissance des bénéfices au deuxième trimestre ont été fortement révisées à la hausse, passant de 22 % à la fin du trimestre à 37 %. Les sociétés énergétiques ont inscrit la plus forte croissance grâce à la hausse des prix du pétrole au cours du trimestre, suivies des secteurs des communications et de la consommation discrétionnaire. L’augmentation des bénéfices a également été généralisée, 10 des 11 secteurs ayant enregistré des hausses sur 12 mois. Les bénéfices de l’indice S&P/TSX ont aussi été élevés, 64 % des sociétés ayant surpassé les prévisions, avec une hausse moyenne inattendue de 3,4 %.
Selon nous, l’élargissement de la participation à la croissance des bénéfices pourrait contribuer à pérenniser la progression du marché, qui serait ainsi moins dépendant d’un petit groupe de sociétés à mégacapitalisation. Un tel élargissement pourrait également contribuer à créer un contexte plus favorable pour les portefeuilles diversifiés. La croissance des bénéfices devrait demeurer solide, soutenue par la stabilité du marché de l’emploi, la résilience de la croissance économique et des dépenses de consommation élevées, comme le montre le graphique ci-dessous :

Le graphique montre que la croissance des bénéfices des indices S&P/TSX et S&P 500 devrait demeurer solide. Les rendements passés ne sont pas garants des rendements futurs. Un indice n’est pas géré et il est impossible d’y investir directement. Il ne vise pas à rendre compte du rendement d’un placement réel.

Le graphique montre que la croissance des bénéfices des indices S&P/TSX et S&P 500 devrait demeurer solide. Les rendements passés ne sont pas garants des rendements futurs. Un indice n’est pas géré et il est impossible d’y investir directement. Il ne vise pas à rendre compte du rendement d’un placement réel.
Ce que cela signifie pour les investisseurs
Les taux d’intérêt devraient rester élevés pendant une période prolongée
L’inflation persistante, la stabilité du marché de l’emploi et la résilience de la croissance économique donnent à penser que les taux directeurs américains pourraient rester élevés pendant un certain temps. La Fed pourrait être encline à relever les taux au cours des prochains mois, en fonction des nouvelles données. En même temps, des taux réels plus élevés peuvent aider à améliorer le revenu rajusté en fonction de l’inflation qu’offrent les placements en titres à revenu fixe. Nous recommandons une pondération neutre des obligations internationales à rendement élevé afin d’accroître le potentiel de revenu, puisque le contexte est favorable. Une sous-pondération des obligations canadiennes de catégorie investissement et des obligations internationales peut aider à compenser la surpondération des actions.
La vigueur soutenue des bénéfices peut contribuer à soutenir les marchés boursiers
Des taux plus élevés pendant plus longtemps pourraient demeurer un obstacle potentiel pour les actions, mais la résilience des dépenses de consommation et les solides bénéfices peuvent compenser la hausse des taux d’actualisation. Récemment, les valorisations ont baissé, mais la croissance des bénéfices a compensé en grande partie cet effet et a contribué à soutenir le rendement.
Les bénéfices des indices S&P/TSX et S&P 500 devraient tous deux augmenter de plus de 25 % cette année; l’activité économique demeure vigoureuse, soutenue par la stabilité du marché de l’emploi et des dépenses de consommation, et par l’amélioration de l’activité manufacturière. Dans ce contexte, nous estimons que les marchés boursiers peuvent continuer de bien se comporter au cours des prochains mois.
Nous entrevoyons des occasions dans les actions américaines à grande capitalisation et les actions des marchés émergents, qui, selon nous, devraient profiter de leur exposition à l’innovation technologique et à la construction d’infrastructures connexes. Nous nous attendons à ce que les actions américaines profitent de la vigueur relative de l’économie américaine, qui est portée par la stabilité du marché de l’emploi et des dépenses de consommation. Nous recommandons également de surpondérer les actions canadiennes à petite et à moyenne capitalisation, car elles sont fortement exposées, selon nous, aux matières, aux produits industriels et à l’énergie, trois secteurs que nous considérons comme favorables selon nos lignes directrices sectorielles opportunistes pour les actions canadiennes.
Le cycle d’investissement dans l’IA évolue
Les dépenses en immobilisations liées à l’IA demeurent un puissant facteur pour l’investissement dans les technologies, la construction de centres de données, la demande de semi-conducteurs et les infrastructures connexes. Toutefois, nous pensons que la prochaine phase du cycle devrait être plus sélective. Les investisseurs semblent de plus en plus faire la différence entre les sociétés qui investissent dans l’IA et celles qui sont capables de monétiser ces investissements.
Dans l’ensemble, nous recommandons aux investisseurs de conserver leurs placements tout en gardant à l’esprit que les évènements géopolitiques et l’incertitude entourant la politique monétaire pourraient demeurer des sources de volatilité. Votre conseiller en investissement peut vous aider à vous assurer que vos placements sont suffisamment diversifiés et conformes à votre tolérance au risque, et que vous êtes sur la bonne voie pour atteindre vos objectifs financiers à long terme.
Brian Therien, CFA
Stratégie de placement
Sources de toutes les données citées dans le commentaire : FactSet.
Brian Therien
Brian Therien est analyste principal des titres à revenu fixe au sein de l’équipe Stratégie de placement dans le segment Conseils et orientation de la société. Il est responsable de l’analyse des marchés et des produits de titres à revenu fixe, ainsi que de l’élaboration des conseils et perspectives visant à aider les clients à atteindre leurs objectifs financiers à long terme.
Brian Therien a obtenu un baccalauréat en finance, avec mention, de l’Université de l’Illinois à Urbana-Champaign. Il est titulaire d’un MBA de la Booth School of Business de l’Université de Chicago. Il détient le titre de CFAMD et est membre du CFA Institute et de la CFA Society de St. Louis.
Renseignements importants :
Le résumé hebdomadaire des marchés est publié chaque vendredi, après la fermeture des marchés.
Ces renseignements sont donnés uniquement à titre informatif et ne doivent pas être interprétés comme un conseil en placement spécifique. Les investisseurs sont invités à prendre des décisions de placement fondées sur leurs objectifs de placement et leur situation financière spécifiques. Même si, à notre connaissance, les renseignements contenus aux présentes sont exacts, ils ne sont pas garantis et peuvent être modifiés sans préavis.
Les investisseurs devraient comprendre les risques liés aux placements, notamment le risque de taux d’intérêt, le risque de crédit et le risque de marché. La valeur des placements fluctue et les investisseurs peuvent perdre une partie ou la totalité de leur capital.
Le rendement passé n’est pas garant du rendement futur.
Les indices boursiers ne sont pas gérés et il est impossible d’y investir directement. Ils ne visent pas à rendre compte du rendement d’un placement réel.
La diversification n’offre aucune garantie de profit ni aucune protection contre les pertes.
L’investissement systématique n’offre aucune garantie de profit ni aucune protection contre les pertes. Les investisseurs doivent tenir compte de leur volonté de continuer à investir lorsque les cours boursiers sont à la baisse.
Les dividendes peuvent être majorés, réduits ou éliminés à tout moment et sans préavis.
Certains risques sont spécifiques aux placements internationaux, notamment ceux qui ont trait aux fluctuations de change ainsi qu’aux événements politiques et économiques étrangers.