Une semaine en montagnes russes pour les taux : distinguer les occasions des risques
Principaux points à retenir :
- Les pressions à la hausse sur les taux obligataires mondiaux à long terme ont pesé sur la confiance des investisseurs, ce qui a fait baisser les actions la semaine dernière.
- Bien que l’annonce d’un programme de rachat par le Trésor américain ait brièvement fait baisser les taux obligataires, les facteurs de fond qui, selon nous, poussent les taux à la hausse demeurent inchangés. Nous nous attendons toujours à ce que le taux des obligations du gouvernement du Canada à 10 ans se situe entre 3,5 % et 4 % et à ce que celui des obligations du Trésor américain à 10 ans se situe entre 4,5 % et 5,0 % pour le reste de l’année.
- La hausse des taux de rendement a amélioré les perspectives de rendement pluriannuelles des obligations de catégorie investissement en augmentant leur potentiel de revenu. Toutefois, puisque les taux devraient rester à l’intérieur d’une fourchette relativement étroite à court terme, nous estimons que le potentiel d’appréciation des cours est limité.
- Par le passé, les mois d’août et de septembre ont été plus faibles pour les actions, et l’incertitude pourrait augmenter à l’approche des élections américaines de mi-mandat. Bien qu’une période de consolidation à court terme ne nous surprendrait pas, la résilience de l’activité économique et la forte croissance des bénéfices des sociétés continuent, selon nous, d’offrir un contexte favorable aux marchés boursiers pour les 12 prochains mois.
Après une solide période de publication des bénéfices qui a propulsé les marchés boursiers nord-américains vers de nouveaux sommets historiques en août, les actions ont marqué une pause la semaine dernière, tandis que le marché obligataire occupait le devant de la scène. La hausse des taux à long terme aux États-Unis a soulevé des préoccupations quant à savoir si l’économie et les marchés financiers pourraient continuer de supporter des coûts d’emprunt plus élevés, d’autant plus que le taux des obligations du Trésor américain à 30 ans a atteint son plus haut niveau depuis 2007 au début de la semaine. Comme les marchés financiers canadiens et américains sont étroitement liés, les taux des obligations d’État canadiennes à long terme se sont également négociés à la hausse la semaine dernière.
Ce qui est peut-être le plus surprenant, c’est que la récente remontée des taux à long terme est survenue malgré la publication d’un faible rapport sur l’emploi américain pour le mois de juillet, des données d’inflation montrant une modération des pressions sur les prix et une réduction des attentes à l’égard de nouvelles hausses de taux par la Réserve fédérale américain, soit des facteurs qui, en temps normal, exerceraient une pression à la baisse sur les taux.
La hausse des taux à long terme en l’absence d’un facteur macroéconomique clair a également retenu l’attention des décideurs. Le Trésor américain a annoncé qu’il augmenterait, à compter du mois prochain, le volume de ses rachats de titres du Trésor à long terme. Après l’annonce, le taux des obligations du Trésor à 30 ans a reculé de 0,1 point de pourcentage mercredi, soit sa plus forte baisse en un jour en plus d’un an. Toutefois, le sursis s’est avéré de courte durée, car les taux à long terme ont récupéré une grande partie de la baisse au cours du reste de la semaine.
Dans le rapport de cette semaine, nous analysons les forces qui exercent des pressions à la hausse sur les taux à long terme et évaluons ce qu’elles pourraient signifier pour l’économie et les portefeuilles des investisseurs.

Le graphique montre que le taux des obligations du Trésor américain à 10 ans a augmenté, alors même que les attentes à l’égard de nouvelles hausses de taux par la Réserve fédérale se sont atténuées.

Le graphique montre que le taux des obligations du Trésor américain à 10 ans a augmenté, alors même que les attentes à l’égard de nouvelles hausses de taux par la Réserve fédérale se sont atténuées.
Qu’est-ce qui explique cette hausse des taux à long terme?
Même si aucun développement macroéconomique particulier ne permet d’expliquer à lui seul la hausse des taux à long terme, nous croyons que plusieurs facteurs ont contribué à ce mouvement au cours des derniers mois :
- Hausse de l’offre d’obligations : L’important volume d’émissions d’obligations de sociétés américaines de catégorie investissement pourrait contribuer à la hausse des taux. Selon la Securities Industry and Financial Markets Association (SIFMA), le volume d’émissions d’obligations de sociétés américaines de catégorie investissement depuis le début de l’année jusqu’en juillet a été de 27,1 % supérieur à celui de la même période en 2025.
- Incertitude géopolitique persistante : Après être tombé sous le seuil des 70 $ le baril au début de juillet, le prix du pétrole brut West Texas Intermediate (WTI) s’est redressé par la suite dans un contexte d’incertitude persistante au Moyen-Orient et de préoccupations entourant l’acheminement du pétrole par le détroit d’Ormuz. Le WTI a rebondi au-dessus de 85 $ le baril la semaine dernière, ce qui a accru l’incertitude entourant les perspectives d’inflation mondiale. Fait encourageant toutefois, les attentes d’inflation aux États-Unis pour les cinq et dix prochaines années, telles qu’elles ressortent des marchés financiers, demeurent bien ancrées. De plus, selon le rapport sur l’inflation publié la semaine dernière, les mesures de base privilégiées par la Banque du Canada sont demeurées près de la cible de 2 %.
- Pressions à la hausse sur les taux mondiaux : La hausse des taux des obligations d’État à long terme n’est pas propre à l’Amérique du Nord. Les taux des obligations d’État à long terme au Royaume-Uni, au Japon, en France et en Allemagne se sont également rapprochés de sommets pluriannuels. Bien que les facteurs propres à chaque pays diffèrent, cette hausse largement synchronisée pourrait refléter une combinaison d’un alourdissement des besoins d’emprunt des gouvernements à l’échelle mondiale, d’un regain d’incertitude à l’égard de l’inflation et d’attentes selon lesquelles les taux directeurs pourraient suivre une trajectoire haussière à l’échelle mondiale au cours des prochains mois.
- Investisseurs exigeant une prime plus élevée pour détenir des obligations américaines à long terme : Un autre facteur susceptible d’expliquer la hausse des taux à long terme est la prime plus élevée que les investisseurs exigent pour détenir des obligations américaines à échéance plus éloignée. La Réserve fédérale de New York publie des estimations fondées sur un modèle qui décomposent les taux des obligations du Trésor américain en deux composantes :
- La trajectoire moyenne attendue des taux d’intérêt à court terme pendant toute la durée de vie de l’obligation.
La prime à l’échéance, qui représente la rémunération supplémentaire exigée par les investisseurs pour compenser le risque que les taux d’intérêt évoluent différemment de ce qui est actuellement anticipé.
Selon le modèle de la Réserve fédérale de New York, la prime à l’échéance estimative des obligations du Trésor américain à 10 ans a généralement augmenté au cours des dernières années, ce qui donne à penser que les investisseurs exigent une rémunération plus élevée pour détenir des obligations à long terme. Toutefois, la prime à l’échéance demeure relativement modeste par rapport aux niveaux historiques et ne semble pas, à elle seule, constituer une source de préoccupation immédiate.

Ce graphique montre que, selon le modèle de la prime à l’échéance des titres du Trésor américain à 10 ans de la Réserve fédérale de New York, les investisseurs exigent depuis quelques années une rémunération plus élevée pour détenir des obligations à plus long terme. Même si la prime à l’échéance a augmenté, elle demeure contenue d’un point de vue historique.

Ce graphique montre que, selon le modèle de la prime à l’échéance des titres du Trésor américain à 10 ans de la Réserve fédérale de New York, les investisseurs exigent depuis quelques années une rémunération plus élevée pour détenir des obligations à plus long terme. Même si la prime à l’échéance a augmenté, elle demeure contenue d’un point de vue historique.
À notre avis, une certaine hausse de la prime à l’échéance aux États-Unis est compréhensible dans le contexte actuel. Les importants déficits budgétaires et les besoins croissants en matière d’emprunt du gouvernement fédéral ont accru l’offre de titres du Trésor, ce qui pourrait nécessiter des taux plus élevés pour attirer les investisseurs. Parallèlement, le fait que la Réserve fédérale s’appuie moins sur les indications prospectives sous la présidence de Kevin Warsh a possiblement accru l’incertitude entourant l’évolution future de la politique monétaire. Nous estimons que cette incertitude est particulièrement pertinente dans un contexte où l’évolution de la situation géopolitique complique les perspectives d’inflation.
Toutes choses étant égales par ailleurs, une incertitude accrue quant à la politique monétaire pourrait inciter les investisseurs à exiger une rémunération supplémentaire pour détenir des obligations à long terme.
La hausse des taux obligataires retient l’attention des décideurs
Après que le taux des titres du Trésor américain à 30 ans a atteint la semaine dernière son plus haut niveau depuis 2007, le Trésor américain a annoncé qu’il augmenterait ses rachats de titres du Trésor hors référence (c.-à-d. qui ne sont pas d’émission récente), dont l’échéance résiduelle est comprise entre 10 et 30 ans. À compter du 9 septembre, le montant maximal des rachats passera de 2 milliards de dollars à au moins 4 milliards de dollars par opération.
Bien que l’augmentation des rachats soit modeste par rapport à la taille du marché des titres du Trésor américain, qui avoisine les 32 000 milliards de dollars américains1, l’annonce a eu un effet de signal important, le taux des obligations du Trésor américain à 30 ans ayant enregistré sa plus forte baisse quotidienne en plus d’un an. Toutefois, selon nous, ce programme ne s’attaque pas aux facteurs plus fondamentaux qui ont contribué à la hausse des taux, notamment l’ampleur des déficits budgétaires américains, l’incertitude entourant l’inflation et l’augmentation de l’offre de titres de créance. Reflétant cette réalité, les taux à long terme ont regagné une bonne partie du terrain perdu après leur recul initial. Nous nous attendons à ce que ces pressions maintiennent les taux à un niveau élevé, le taux des obligations du Trésor américain à 10 ans devant se négocier entre 4,5 % et 5 % au cours du reste de l’année. Pour l’avenir, l’administration américaine devrait dévoiler une initiative de redressement budgétaire visant à atténuer la hausse de l’endettement et des coûts de financement, ce qui pourrait contribuer à réduire une partie de l’incertitude qui prévaut sur les marchés.
Malgré certains signes de ralentissement ponctuels, l’activité économique et les résultats des sociétés ont dans l’ensemble fait preuve de résilience.
Les secteurs de l’économie sensibles aux taux d’intérêt ont montré des signes évidents de faiblesse à mesure que les coûts d’emprunt ont augmenté au cours des dernières années, le secteur de l’habitation figurant parmi les plus durement touchés. Les investissements résidentiels rajustés en fonction de l’inflation au Canada se sont contractés au cours de trois des cinq derniers trimestres, tandis que les investissements résidentiels réels aux États-Unis ont chuté au cours de cinq des six derniers trimestres. De plus, les ventes de propriétés au Canada ont diminué au cours des dernières années en raison de la hausse des coûts d’emprunt.

Ce graphique montre que les ventes mensuelles de logements ont reculé ces dernières années sous l’effet de la hausse des taux hypothécaires. Les rendements passés ne sont pas garants des rendements futurs.

Ce graphique montre que les ventes mensuelles de logements ont reculé ces dernières années sous l’effet de la hausse des taux hypothécaires. Les rendements passés ne sont pas garants des rendements futurs.
Selon nous, la bonne nouvelle est que plusieurs secteurs de l’économie ont continué de faire preuve de résilience malgré la hausse des taux d’intérêt. Au Canada, la croissance de l’emploi s’est améliorée au cours des derniers mois, tandis que les ventes au détail de juin ont indiqué que les dépenses de consommation demeuraient vigoureuses à la fin du deuxième trimestre. Aux États-Unis, l’estimation préliminaire de l’indice PMI composite de S&P Global a progressé à 56,04, soit son plus haut niveau depuis mars 2022, signalant une activité des entreprises toujours vigoureuse.
De plus, les tensions commerciales pourraient également s’atténuer. Au moment de la rédaction, les décideurs politiques canadiens et américains semblaient près de conclure un accord qui pourrait éliminer les droits de douane américains de 50 % envisagés sur certains produits canadiens.
Les bénéfices des sociétés ont été une autre source de soutien pour les marchés, les résultats ayant dépassé les attentes cette année. Les bénéfices de l’indice S&P/TSX devraient augmenter de 25 % sur 12 mois en 2026, tandis que ceux de l’indice S&P 500 devraient afficher une progression de plus de 30 %.

Le graphique montre que les prévisions de croissance des bénéfices pour 2026 ont été révisées à la hausse, tant pour l’indice S&P/TSX que pour l’indice S&P 500. Un indice n’est pas géré et il est impossible d’y investir directement. Il ne vise pas à rendre compte du rendement d’un placement réel.

Le graphique montre que les prévisions de croissance des bénéfices pour 2026 ont été révisées à la hausse, tant pour l’indice S&P/TSX que pour l’indice S&P 500. Un indice n’est pas géré et il est impossible d’y investir directement. Il ne vise pas à rendre compte du rendement d’un placement réel.
Positionner les portefeuilles dans un contexte de taux d’intérêt plus élevés
Nous nous attendons à ce que les préoccupations entourant la situation budgétaire américaine, l’augmentation des émissions obligataires, la résilience généralisée de l’activité économique et l’incertitude entourant l’inflation maintiennent les taux d’intérêt à des niveaux élevés pendant encore un certain temps. Toutefois, nous prévoyons que les taux demeureront en grande partie à l’intérieur d’une fourchette de 3,5 % à 4,0 % pour les obligations du gouvernement du Canada à 10 ans et de 4,5 % à 5,0 % pour les titres du Trésor américain à 10 ans jusqu’à la fin de l’année. Malgré le contexte budgétaire plus solide du Canada, ses liens économiques et financiers étroits avec les États-Unis pourraient faire en sorte que les pressions à la hausse sur les taux américains se répercutent au Canada, comme nous l’avons vu la semaine dernière. Bien que cela puisse limiter le potentiel d’appréciation des cours à court terme, la hausse des taux a accru l’attrait à plus long terme des obligations de catégorie investissement et renforcé leur rôle stratégique au sein d’un portefeuille bien diversifié, selon nous.
Dans ce contexte, nous croyons que les perspectives pour les 12 prochains mois favorisent les actions par rapport aux titres à revenu fixe, surtout compte tenu du soutien découlant de la forte croissance des bénéfices et de la vigueur de l’activité économique. Du côté des marchés boursiers, nous reconnaissons la possibilité d’une période de consolidation à court terme après la forte progression de 2026. Les mois d’août et de septembre sont généralement moins favorables aux marchés boursiers. Si l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis pouvait accroître la volatilité à court terme, les épisodes de faiblesse pourraient néanmoins créer des occasions intéressantes de renforcer une exposition aux actions, selon les objectifs et la tolérance au risque de chacun. Nous privilégions particulièrement les actions américaines à grande capitalisation, qui, selon nous, offrent une combinaison intéressante de qualité, d’exposition à l’intelligence artificielle et de sensibilité à la résilience économique soutenue des États-Unis. Nous privilégions également les actions canadiennes à petite et à moyenne capitalisation, qui devraient selon nous profiter du maintien des prix élevés des produits de base et de l’amélioration de l’activité économique au pays. Nous favorisons aussi les actions des marchés émergents, qui offrent, à notre avis, une exposition internationale à une forte croissance des bénéfices liée au déploiement de l’intelligence artificielle, tout en se négociant à des niveaux inférieurs à leur ratio cours-bénéfice prévisionnel moyen des dix dernières années.
Brock Weimer, CFA
Stratégie de placement
Source de toutes les données non citées : FactSet.
1. Source : Trésor américain. Dette détenue par le public, ce qui exclut les titres du Trésor détenus par des entités gouvernementales.
Brock Weimer
Brock Weimer est analyste adjoint au sein de l’équipe Stratégie de placement. Il est responsable de l’analyse des données économiques, de l’évaluation des tendances du marché ainsi que du soutien à la mise au point de ressources qui aident les investisseurs à atteindre leurs objectifs financiers à long terme.
Récapitulatif hebdomadaire des semaines précédentes
8/14: Le ralentissement de l’inflation justifie l’approche patiente de la Fed
8/7: Les difficultés s’estompent, permettant de nouveaux sommets
7/31: La Fed et les bénéfices des sociétés technologiques demeurent au centre des préoccupations
Renseignements importants :
Le résumé hebdomadaire des marchés est publié chaque vendredi, après la fermeture des marchés.
Ces renseignements sont donnés uniquement à titre informatif et ne doivent pas être interprétés comme un conseil en placement spécifique. Les investisseurs sont invités à prendre des décisions de placement fondées sur leurs objectifs de placement et leur situation financière spécifiques. Même si, à notre connaissance, les renseignements contenus aux présentes sont exacts, ils ne sont pas garantis et peuvent être modifiés sans préavis.
Les investisseurs devraient comprendre les risques liés aux placements, notamment le risque de taux d’intérêt, le risque de crédit et le risque de marché. La valeur des placements fluctue et les investisseurs peuvent perdre une partie ou la totalité de leur capital.
Le rendement passé n’est pas garant du rendement futur.
Les indices boursiers ne sont pas gérés et il est impossible d’y investir directement. Ils ne visent pas à rendre compte du rendement d’un placement réel.
La diversification n’offre aucune garantie de profit ni aucune protection contre les pertes.
L’investissement systématique n’offre aucune garantie de profit ni aucune protection contre les pertes. Les investisseurs doivent tenir compte de leur volonté de continuer à investir lorsque les cours boursiers sont à la baisse.
Les dividendes peuvent être majorés, réduits ou éliminés à tout moment et sans préavis.
Certains risques sont spécifiques aux placements internationaux, notamment ceux qui ont trait aux fluctuations de change ainsi qu’aux événements politiques et économiques étrangers.